Noël Mamère : La France protège des intérêts trop mauvais
Noël Mamère (député français) : La France protège des intérêts trop mauvais
Les Echos du Matin - 2/16/2005 3:22:14 AM
LElysée est prise à partie. Son rôle, mais surtout lhypocrisie dont elle fait preuve sont dénoncés par une partie de la classe politique de lHexagone.
Chirac nen finit pas dêtre sur la sellette. Son double jeu est de plus en plus mis à nu dans les crises
politiques dans la sous-région ouest-africaine. Hier, Noël Mamère y est allé de sa verve, pour charger lElysée sur sa gestion de la succession controversée au Togo et la rébellion en Cote dIvoire. Le député Vert qui sexprimait sur Rfi , radio dEtat français, a justifié sa présence aux côtés des manifestants togolais à Paris il y a quelques jours. Il sagit, dit-il de « réclamer des reformes démocratiques et dautres relations en Afrique. » Ce que à son avis, Chirac se refuse à faire. Ainsi, ressasse-t-il, Eyadema doit son long règne au soutien de la France tout régime confondu - qui a co-financé larmée togolaise. En cela, « La gauche et la droite sont solidairement
responsables dune situation dramatique » qui, laisse entrevoir lélu, sadosse sur la Françafrique. Dont les réseaux, soutient-il, ont étouffé la tentative de lancien Premier ministre Jospin de « moraliser » les rapports entre son pays et lAfrique. Et comme en Côte dIvoire, le député ne se fait pas dillusions : une enquête parlementaire ne viendra jamais situer lopinion sur les manuvres des hommes de lombre. De fait, regrette-t-il, un débat à lAssemblée sur la crise togolaise « sera difficile à obtenir », a fortiori une enquête qui, il sen doute, verra sopposer une fin de non recevoir. En cela, il sappuie sur le cas ivoirien. Les partisans de Chirac au Parlement, rappelle-t-il, ont réfusé une enquête sur les tueries de larmée française à Abidjan en novembre 2004. Ceci dit, lattitude de lHexagone à Abidjan, à Lomé et en Afrique en général est le fait
« dune situation où on protège des intérêts trop mauvais. » Ainsi, Chirac peut-il qualifier de
« manipulation » le rapport accablant dAmnistie international sur son regretté « ami personnel. » Mais lattitude du président français sur ce sujet nétonne pas outre mesure Noël Mamère. Puisque, note-t-il, « la conception des droits de lHomme de Chirac est à géométrie variable », selon les lieux. En Afrique, aux côtés des dictateurs, en Chine, Chirac applaudit le massacre de Tienanmen, et en France, donne des leçons duniversalité des droits de lHomme. Revenant sur la situation au Togo, linvité de la Radio du monde fait remarquer que lElysée confirme sa duplicité. « La France fait preuve de grande hypocrisie et demande que laffaire soit sous-traitée par la Cedeao. Lami dEyadema laisse le temps aux militaires et au fils dEyadema de pratiquer leur coup dEtat, sinstaller au pouvoir. Et une fois quils sont là, ils disent, ça va trop loin », dénonce le parlementaire. Chirac appuie donc la dynastie des Gnassingbé la nuit, et monte de jour lorganisation sous-régionale en vue de rétablir la légalité constitutionnelle et mettre hors Faure Gnassinbgé et sa coterie militaire. Cest clair, lElysée entend manger à tous les râteliers quelle que soit la tournure des événements. La France pousse donc la sournoiserie à se débarrasser, selon Mamère, dun problème quelle a créé et se défausse de ses responsabilités, en demandant aux chefs dEtat ouest africains de trouver les modalités pratiques dune sortie de crise. Et si Chirac veut se disculper, Mamère met le gouvernement Raffarin au défi de « condamner de manière nette et sans ambiguïté cette situation de coup dEtat. » Une sortie qui va donner du grain à moudre à ceux qui, nombreux, sélèvent contre les manigances chiraquiennes.
Guillaume NGuettia