Je vous présente les excuses de l'ONUCI pour le léger retard enregistré dans le démarrage de cette rencontre. Aujourd'hui, il y aura le rapport de l'ONUCI sur la situation des droits humains en Côte d'Ivoire
(Abidjan, le 31 mars 2005) Introduction du porte-parole de l'ONUCI :Hamadoun Touré
Mesdames et messieurs bonjour,
Je vous présente les excuses de l'ONUCI pour le léger retard enregistré dans le démarrage de cette rencontre. Aujourd'hui, il y aura le rapport de l'ONUCI sur la situation des droits humains en Côte d'Ivoire pour les mois de janvier et de février 2005 que va vous présenter le chef de la division des droits de l'homme, M. Simon Munzu.
Auparavant, je voudrais vous annoncer qu'hier, nous avons effectué des inspections inopinées, pour voir l'état du matériel des équipements militaires à l'aéroport international Félix Houphouët Boigny d'Abidjan, dans le cadre de la mise en uvre de la résolution 1584 portant embargo sur les armes en direction de la Côte d'Ivoire. A ce propos, nous allons distribuer un communiqué de presse, il y aura également un communiqué sur le rapport, mais cela dit, Simon va faire une présentation un peu plus étoffée qui vous permettra de poser des questions.
Je voudrais saluer la présence parmi nous du colonel Philippe Vial. C'est lui le nouveau chef des opérations de l'ONUCI. Tout ce qui se passe sur le terrain des opérations, relève de son domaine. C'est donc lui qui a les bonnes réponses à vos questions difficiles. Alors, sans plus tarder, M. Munzu vous avez la parole pour présenter votre rapport et répondre aux questions des journalistes. Nous, nous répondrons aux questions que vous pourriez poser sur des sujets ne relevant pas du rapport sur les droits de l'homme.
SIMON MUNZU : Evidemment pour les mois à venir, nous allons tout faire pour que chaque rapport couvre un seul mois .Donc attendons-nous à ce qu'au cours du mois d'avril, nous sortions le rapport concernant le mois de mars , au cours du mois de mai, nous sortions le rapport concernant le mois d'avril ainsi de suite . Je tiens à signaler la présence à mes cotés de mon collègue, M. Guillaume Ngefa, qui est le coordonnateur de notre unité de protection et de documentation, et donc le premier responsable de la rédaction du rapport que nous allons présenter. Il est là, entièrement à notre disposition pour nous appuyer en cas de besoin. Vous savez, nous passons d'expérience en expérience. Il se pourrait donc que pour les rapports à venir, nous puissions faire venir nos collègues qui sont sur le terrain à Daloa, à Bouaké, Duékoué et ailleurs, à l'occasion de la présentation du rapport pour qu'effectivement, les journalistes aient l'opportunité de leur poser des questions, étant entendu qu'ils sont plus proches de la réalité que nous qui faisons la synthèse au niveau d'Abidjan. Cela dit, aux termes de la résolution 1528 du Conseil de sécurité, l'ONUCI a pour mandat, entre autres, de contribuer à la promotion et à la protection des droits de l'homme en Côte d'Ivoire et d'aider à enquêter sur les violations des droits de l'homme en vue de mettre fin à l'impunité.
Pour la réalisation de cet aspect du mandat de l'ONUCI, il a été crée au sein de cette Opération, une Division des Droits de l'Homme chargée d'appuyer l'effort des différents acteurs ivoiriens en faveur de la promotion et la protection des droits de l'homme et de l'instauration en Côte d'Ivoire d'une culture de droits de l'homme, vecteur de paix, de sécurité, de démocratie et de réconciliation nationale.
Aujourd'hui, la DDH de l'ONUCI a un effectif de 24 cadres, dont 14 internationaux et 10 nationaux, répartis sur cinq localités à Abidjan, Bouaké, Daloa, Duekoué et Yamoussoukro, à partir desquelles la Division mène ses activités de promotion et de protection des droits de l'homme sur l'ensemble du territoire national, y compris des enquêtes sur des violations des droits de l'homme qui sont portées à sa connaissance.
L'ONUCI entend désormais publier chaque mois un rapport sur la situation des droits de l'homme en Côte d'Ivoire pendant le mois qui a précédé. Une version initiale de chaque rapport sera transmise pour commentaires et observation aux différents acteurs et institutions intéressés avant sa finalisation et sa publication. C'est ainsi que, pour ce qui est du présent rapport, il a été préalablement transmis par l'ONUCI, pour commentaires et observations éventuelles, notamment au Premier Ministre, au Président de l'Assemblée Nationale, aux Ministres d'Etat et Ministres des droits de l'homme, de la justice, de la réconciliation nationale, de la défense et de la sécurité intérieure et au Secrétaire Général des Forces Nouvelles. Nous regrettons que le délai imparti à ces hauts responsables pour la communication de leurs commentaires et observations ait été trop bref, et ferons en sorte qu'un délai plus raisonnable puisse leur être accordé à l'avenir.
Le rapport que nous publions aujourd'hui fait état de la situation générale des droits de l'homme en Côte d'Ivoire telle qu'observée au courant des mois de janvier et février 2005 ainsi que des actions entreprises par les différents acteurs en faveur de la promotion et de la protection des droits de l'homme dans ce pays pendant la même période. Sur le fond du contexte général qui a prévalu pendant ce temps, le rapport évoque, tour à tour, la situation des droits de l'homme dans la zone sous contrôle du Gouvernement, dans la zone sous contrôle des Forces Nouvelles et dans la zone de confiance, respectivement, en se présentant (préoccupant) particulièrement de la situation des femmes et des enfants. Ensuite, il passe en revue quelques actions et activités du Gouvernement et de l'ONUCI dans le domaine des droits de l'homme ainsi que l'attitude des Forces Nouvelles au sujet des droits de l'homme, avant de tirer un nombre de conclusions et fait quelques observations.
La situation des droits de l'homme est demeurée préoccupante pendant la période couverte par ce rapport. Des violations graves des droits de l'homme ont été signalées sur l'ensemble du territoire national. Elles ont été notamment l'uvre des éléments de Forces de défense et de sécurité (FDS) et des milices armées ou non armées dans la partie sous contrôle du Gouvernement, des éléments des Forces Nouvelles dans la zone contrôlée par celles-ci ainsi que des groupes armés et coupeurs des routes dans la zone de Confiance placée sous la supervision des forces impartiales. De part et d'autre, les atteintes rapportées portent notamment sur : le droit à la vie et à la sécurité des personnes ( cas d'exécutions sommaires et extrajudiciaires et usage excessif de la force, d'arrestations et détentions arbitraires et de disparitions forcées, de torture et traitements inhumains et dégradants, d'exactions par des milices, de l'insécurité et des mauvaises conditions de détentions dans les prisons et autres lieux de détention, de menaces sur la vie et l'intégrité physique, et des conflits inter-communautaires) ; le droit à la propriété (cas de confiscations illégales des biens et atteintes aux biens privés) le droit à la libre circulation et la lutte contre le racket, et le droit à la liberté d'opinion et d'expression.
Le souci de l'ONUCI sera, dans chaque rapport, d'attirer l'attention non seulement sur les points sombres mais aussi sur les actions et activités prises ou menées durant la période couverte par les différents acteurs, notamment le Gouvernement et les responsables des Forces Nouvelles, en faveur de la promotion et la protection des droits de l'homme et de l'instauration en Côte d'Ivoire d'une culture des droits de l'homme. Nous encourageons donc les uns et les autres à nous faire part, chaque mois, de leurs actions et activités allant dans ce sens. Quelques conclusions et observations (voir p.18 du rapport)
Hamadoun Touré (Porte-parole ONUCI) : Merci Simon. Je voudrais juste vous dire avant de prendre les questions que le rapport va vous être distribué ainsi que le communiqué de presse que nous avons rédigé sur la base du rapport. Maintenant, Simon est à votre disposition pour les questions, mais également nous aussi si vous avez des questions. Il répond aux questions aussi en français qu'en anglais
Gabrielle Mendes (VOA) : Un rapport de Human Rights Watch accuse le gouvernement ivoirien de recruter des enfants soldats. Quelle est la possibilité pour les Nations Unies, d'ouvrir une enquête sur ce sujet ?
Simon Munzu : Effectivement, nous sommes au courant du rapport de Human Rights Watch auquel Madame fait allusion, d'autant plus que, quand la mission d'investigation de Human Rights Watch est passée en Côte d'Ivoire au cours de ces dernières semaines, nous avons eu l'opportunité de la rencontrer sur sa demande .Nous avons échangé avec eux.
Evidemment, nous continuons à condamner l'utilisation par les uns et les autres des enfants soldats et, c'est effectivement un phénomène auquel les différentes parties au conflit ivoirien, devraient rapidement mettre fin. En ce qui concerne les investigations par les Nations Unies auxquelles Madame fait allusion, je n'ai pas les détails précis sur cette question mais cela ne m'étonnerait pas qu'à partir de New York, les différentes instances, notamment le bureau du Représentant spécial sur les questions des enfants dans le contexte de conflits armés, s'intéresse particulièrement à cette question.
HT: Il a aussi lancé un appel à toutes les parties ivoiriennes afin qu'elles mettent fin aux recrutements des enfants qui, sont des personnes âgées de moins de 15 ans.
Christophe Koffi (AFP) : J'ai retenu dans le rapport un bout de phrase du rapporteur qui disait : « il nous a été signalé des violations flagrantes des droits de l'homme dans le nord, aussi bien dans la zone de confiance qu'au sud » alors que, un peu plus en aval, il expliquait qu'il travaillait avec une équipe de 24 personnes. Moi je dis : « il nous a été signalé une violation flagrante » ça pose un problème de la crédibilité de ce rapport. Vous travaillez avec une équipe de 24 personnes, j'aurais préféré une phrase : « il nous a été » ou bien : « on a constaté une violation flagrante ». Ou bien vous ne travaillez pas sur la base de rapport qui ne reflète pas la réalité ?
SM: Vous ne trouverez pas cette formule dans le rapport lui-même. Mais effectivement je l'ai dit dans cette présentation orale n'es-ce pas ? Mais je réponds à votre question. Il ne s'agit pas de « on nous a signalé »! Il faut rappeler que nous procédons aux enquêtes et établissons les rapports sur la base de ce qui nous a été initialement signalé. Alors nos sources d'information sont multiples, y compris vous-mêmes éventuellement. Si vous avez connaissance d'une violation quelconque des droits de l'homme, il faudrait nous le signaler n'est-ce pas ! Et dès que vous le faites, nous menons une enquête, nous établissons les faits et nous produisons un rapport. Soyez donc assurés que le contenu de notre rapport ne se limite pas à ce qui nous a été signalé ; il contient le résultat des enquêtes que nous avons minutieusement menées sur chaque incident qui nous a été signalé, d'accord ! Merci
Manglé Thierry (RTI) : Je voudrais avoir des précisions au niveau des actions que mène l'ONUCI, au niveau même du respect des droits de l'homme sur le terrain. Parce que lorsque l'on voit souvent dans les journaux, chaque fois ce sont les éléments de l'ONUCI qui sont indexés. Je prends pour exemple le cas d'un journaliste qui, il y a deux jours a été l'objet d'une bastonnade de la part de la police. Cela c'est passé, (C'est écrit dans les journaux) sous le regard impassible des casques bleus. Alors, là aussi il y a violation des droits de l'homme. On voit les éléments de l'ONUCI qui n'agissent pas vraiment, qui n'aident pas la population, qui donnent une vilaine image de l'ONUCI]. Alors devant cette situation, quelle est la réponse que vous pouvez donner ?
SM: Il faut se rappeler le mandat de l'ONUCI. L'ONUCI a pour mandat de constater et de vérifier les violations des droits de l'homme quels qu'en soit l'auteur. Donc, si jamais vous constatez des violations des droits de l'homme commises par les éléments militaires ou civils de l'ONUCI, il faut les signaler et nous allons mener une enquête pour savoir de quoi il s'agit.
Alors si dans le cas d'espèce, vous estimez que l'ONUCI ou ces éléments ont été fautifs, à cet égard, je vous encourage à nous faire parvenir les détails et la division des droits de l'homme va mener les enquêtes. Cela dit, il est nécessaire de souligner encore une fois, je dis « encore une fois », parce que je pense savoir que, dans cette salle depuis que cette série de points de presse a commencé, cette question là est revenue à maintes reprises. L'ONUCI n'est pas en Côte d'Ivoire pour faire le travail que devraient faire les autorités nationales de maintien de l'ordre et de la sécurité. Il faut que ces autorités assument et acceptent leur responsabilité en la matière. Alors pour terminer, si vous estimez que les faits que vous relatez constituent une violation des droits de l'homme de la part de quelques éléments que ce soit, je vous encourage à nous donner des détails, on va mener une enquête, et, ça ferait peut être partie de la situation des droits de l'homme en Côte d'ivoire, que nous allons présenter au mois d'avril, concernant le mois de mars. Merci.
HT : je voudrais juste ajouter à ce qui a été dit par Simon, que nous avons été saisis par le directeur du groupe Olympe sur cet incident mais, je n'ai lu nulle part dans sa lettre, une quelconque allusion à la passivité des casques bleus des Nations Unies. Je ne souhaiterais pas polémiquer là-dessus mais, nous avons été saisis par le directeur de ce groupe et, j'ai transmis la lettre à qui de droit, j'ai une copie de la lettre sur moi et, nulle part, j'espère qu'il y a des journalistes de Soir Info ici, il n'est fait état de la passivité des casques bleus. Encore une fois, c'est une question de maintien d'ordre et de sécurité qui revient aux autorités compétentes de ce pays
(Félix Bony-l'Inter) : C'est mon confrère qui a été battu, j'ai été témoin des faits, personnellement j'ai demandé à la direction de mon journal d'adresser un courrier à l'ONUCI et, c'est ce qui a été fait. Effectivement on n'a pas relevé tous les faits qui étaient dedans mais, dans les articles que nous avons pu écrire, nous avons souligné tout de même qu'il y avait quelques éléments de l'ONUCI qui étaient désarmés et, obligés de regarder la scène se passer impuissants et donc. Nous avons relaté cela. Par leur statut et leurs tenues, s'ils avaient pu intervenir, cela aurait pu éviter des choses
.. Je voudrais poser une question au chef de la branche des opérations militaires de l'ONUCI. Quel est le point de la situation militaire aujourd'hui sur le terrain ? La semaine dernière nous avons évoqué les cas de Tiébissou. Il y a encore les cas de M'Bahiakro et, tout de même encore à l'Ouest où la situation n'est pas encore totalement calme. Je voudrais que, au niveau militaire, on nous fasse également ce point
Colonel Philippe Vial : Bonjour. En ce qui concerne le point de la situation, d'une manière simple, je veux dire que par rapport à la semaine dernière, je l'apprécie calme. En ce qui concerne les points que vous avez cités avec M'Bahiakro, Tiébissou, il y a eu effectivement des tensions sur ces points. Mais ce sont des tensions qui s'expliquent par un certain nombre de besoin de précision sur le tracé de la limite de la zone sud de confiance. Et nous y travaillons actuellement avec l'état major des armées. Nous travaillons à préciser le tracé précis de cette limite sud de la zone de confiance
HT : Tiébissou c'est réglé avec les FANCI mon colonel ? Parfait ! Voilà je pose la question à votre place.
(K Parfait- Soir Info): La semaine dernière, c'est à dire vendredi, les rebelles ont tenté de lancer une offensive sur la position des FANCI à Bondoukou. Et nous avons appris que les forces de l'ONUCI ont réussi à les stopper. Je voudrais avoir les détails de ce qui c'est passé entre l'ONUCI et les rebelles ? Je suis inquiet parce que selon mes sources, les rebelles ont promis revenir de cette fois ci en contournant les positions des forces impartiales !
Colonel VIAL : Je vous remercie pour cette question. Le bataillon ghanéen a effectivement contrôlé une violation dans la région de Banian. Et cette violation s'explique parce qu'à Bondoukou, un camion de carburant a été arrêté, ce camion de carburant était destiné à faire fonctionner les groupes électrogènes de Bouna. Il y a eu une petite agitation. Je qualifie cela de petites agitations, mais entre l'uf et la poule, pour moi l'uf est le blocage du camion de carburant.
(Marc Yevou-Frat Mat) : Je voudrais m'intéresser à la question des milices armées.Il est de plus en plus questions de milices armées en zones gouvernementale. L'opposition armée en a fait pratiquement son slogan. Il y a l'ONUCI qui reprend ces propos là et qui nous dit que le GPP, autre groupement des jeunes en zone gouvernementale, sont des milices armées.Pour une institution aussi sérieuse que l'ONUCI, je souhaite aujourd'hui que vous nous donniez la preuve de ce que ces jeunes à Abidjan, sont effectivement armé.Ca, c'est ma première préoccupation.La deuxième, vous parlez de recrutement d'enfant soldats de part et d'autre de la ligne de confiance.Donnez-nous des cas précis dans la zone gouvernementale d'enfants soldats recrutés ?
SM: En ce qui concerne les armes que pourraient porter certaines milices, tout d'abord, nos collègues du coté militaire de l'ONUCI sont mieux placés pour répondre à cette question, mais si vous vous souvenez des évènements de Logoualé, parmi les 87 miliciens arrêtés par l'ONUCI,(nous ne pouvons pas les appeler) autrement, ils y en avaient qui étaient armés. Et ces armes ont été confisquées par l'ONUCI. Alors donc, il est évident que, certaines milices sont au moins armées. Nous ne disons pas que tous sont armés, mais il y en a quelques-unes qui sont armées. Et à partie du moment que l'on attrape quelque uns qui sont armées, nous sommes en droit de dire qu'il y a des milices armées. S'agissant de notre rapport qui parle de milice armée, que ce soit à Abidjan ou à Man ou, à Yamoussoukro, en ce qui nous concerne, c'est la même chose. S'agissant des enfants soldats, le rapport des mois de janvier et de février, sauf erreur de ma part, ne fait pas allusion à cela. J'ai répondu en disant que j'avais connaissance du rapport de Human Rights Watch sur la question. Et effectivement dans ce rapport, auquel je vous renvoie. Il y a des précisions sur l'utilisation des enfants soldats de part et d'autre. Notamment les jeunes que l'on recrute au Libéria et que l'on emmène en cote d'ivoire pour combattre du coté des uns et des autres.Si vous voulez de plus amples détails, je vous renvoie à ce rapport de Human Rights Watch qui est un rapport public.
HT: Et puis, vous vous souvenez que c'est le gouvernement qui a décidé de la dissolution des milices, c'est pas l'ONUCI
(Marc Yevou- Frat-Mat) : Le problème ne se situe pas au niveau de la dissolution des milices ! je vous dis que l'ONUCI crie sur tous les toits tous les jours qu'il y a des milices à Abidjan, que l'insécurité est due aux milices ! Mais une institution aussi sérieuse, doit être capable de nous dire réellement quelles sont ces milices armées et où elles sont localisées, puisque vous avez les moyens de faire des enquêtes ! Le responsable des droits de l'homme vient de dire que certaines milices sont armées. Je pense qu'il serait plus honnête de nous dire quelles sont ces milices qui sont armées, au lieu de faire peur à la population ! Je ne sais pas ce que l'ONUCI gagne à faire cela
Simon Munzu : Bon ! Evidemment il faut éviter de trop polémiquer sur cela. Mais je tiens à vous faire remarquer que, parce que je ne suis pas en mesure de vous dire actuellement de quelles armes disposent les forces armées nationales de Côte d'ivoire, ce n'est pas pour cela que vous me direz que ces forces armées nationales ne sont pas armées ? Il y a des milices armées, c'est un phénomène que l'on constate et auquel il faut chercher à faire face plutôt que de refuser sa réalité.
(Faustin Yao- Notre voie) : J'ai deux questions dont la première s'adresse à M. Simon Munzu. Excusez-moi de revenir et de polémiquer là-dessus, mais je pense que c'est une question importante. C'est celle sur la question des milices. Vous avez dit qu'il y a des milices armées et d'autres qui ne sont pas armées. Cela nous ramène même à la définition des milices. A quel moment selon vous, un groupe qui n'est pas armé, peut être qualifié de milice ? Es-ce parce qu'ils sont regroupés ? , Ou bien font du « footing » ? Ou parce qu'ils crient un peu trop fort ? A partir de quel moment un groupe qui n'est pas armé peut être qualifié de milice ? Je voudrais être éclairé là dessus ! et je constate dans l'explication que vous avez donnée, que vous avez 24 cadres répartis à Bouaké-Abidjan- Daloa- Duekoue et Yamoussokro. Alors qu'en même temps, dans le bref survol que vous avez fait du rapport, la seule partie que je crois avoir entendue qui concerne la zone des rebelles, c'est que vous avez évoqué, la loi de la force appliquée par les forces rebelles, qui ne favorisent pas la promotion des droits de l'homme, c'est ce que je crois avoir entendu concernant les zones sous contrôle des rebelles. Je fais ce petit rappel parce que je constate que c'est Bouaké seule qui est en zone rebelle. Alors, je voudrais savoir sur quelle base la répartition de vos hommes a été fait sur le territoire? Si on peut avoir cette explication, on comprendrait mieux, parce que l'impression que j'ai après la lecture du rapport, c'est que vos activités se limitent à Bouaké alors bien même qu'il y a plusieurs zones sous contrôles de forces rebelles, on a l'impression que la bas vous ne travaillez pas beaucoup ? Ma deuxième question s'adresse au colonel Vial, c'est sur le point militaire. Chaque fois que l'on parle de point militaire, en tout cas pour les points de presse auxquels j'ai eu l'honneur d'assister à l'ONUCI, je suis chaque fois surpris des efforts que ceux qui doivent nous entretenir sur le point militaire, font pour minimiser certains incidents qui se passent soit dans la zone de confiance, soit dans la zone sous contrôle des rebelles. Le colonel Vial nous disait tout à l'heure que, enfin il a fait un jeu de mot entre l'uf et la poule, vraiment je pense que c'est malheureux ! Parce que ce sont ces incidents que l'on banalise en parlant de l'uf et de la poule qui font l'objet de rapport et qui peuvent arriver si on y prendre garde, à des sanctions contre un peuple tout entier ! Donc on ne peut pas nous convoquer aujourd'hui, nous faire un point militaire et, banaliser, ce qu'il appelle lui-même, une violation de la zone de confiance. Les rebelles ont violé la zone de confiance. Il est important que l'ont nous donne des détails précis sur ce qui c'est passé pour qu'il se retrouve dans la zone de confiance. Un camion de carburant a été bloqué quelque part ? Par qui ?Il faut que l'ont nous explique ce qui c'est passé ? On ne peut survoler ça comme cela ? Voilà pourquoi je dis que c'est malheureux ! Je souhaiterais donc avec sa permission, que le colonel revienne pour nous éclaircir sur cette affaire. Je vous remercie.
S.M : La définition des milices.D'abord excusez-moi mais, personnellement je n'entrerai pas dans ce jeu de définition. D'abord ce que les uns appellent les milices, les autres préfèreraient que l'on appelle cela autrement. Par exemple dans certains commentaires que nous avons reçus sur ce rapport, il a été suggéré que ceux que nous appelons milices, doivent être appelés des résistants ! Est-ce que nous allons ramener cela à une question de vocabulaire ? En ce qui nous concerne, nous décrivons un phénomène et, ce phénomène, ce sont des groupements auto-constitués qui se donnent des noms ! Le MILOCI, est un groupe auto-constitué ! Il y en a d'autres ! Mais à partir du moment où ce groupe constitué ne fait pas partie intégrante des Forces Armées Nationales de Côte d'ivoire, ni des forces des Forces Armées des Forces Nouvelles, (là également, il y a certains qui disent pourquoi vous parlez des Forces Nouvelles), il faut parler tout simplement des rebelles ! Nous, nous les appelons milices. S'agissant de l'implantation de notre division, je tiens à souligner que ce n'est pas la première fois que je réponds à cette question.Nous sommes implantés à Bouaké où nous avons notre bureau, mais ce bureau à une compétence étendue sur toute la partie dite sous contrôle des Forces Nouvelles. Et à partir de Bouaké, notre personnel va à Khorogo, à Odiénné et ailleurs dans la zone dite sous contrôle des Forces Nouvelles. Si vous pensez que le fait qu'ils aient leur lit à Bouaké et que leur bureau soit à Bouaké veut dire qu'ils opèrent uniquement dans la zone de Bouaké, c'est une erreur. Première précision. Deuxième précision, sachez que nos sources d'information ne sont pas seulement le personnel de la division des droits de l'homme de l'ONUCI ! D'abord au sein de l'ONUCI, nous tirons nos premières informations des MILOBS et de la CIVPOL qui sont sur le terrain. Mais en plus de cela, en dehors de l'ONUCI, très souvent, les premières informations nous viennent des communautés mêmes qui sont concernées ! La société civile de la localité ! Les communautés religieuses etc
Donc nos sources d'informations sont multiples, il ne faut donc pas tirer la conclusion que parce que l'ONUCI a son bureau à Bouaké, nous n'avons pas une couverture effective de toute la zone sous contrôles des Forces Nouvelles
HT: Merci beaucoup. Nous allons redonner la parole au colonel Vial pour préciser la dialectique de la poule et de l'uf
Colonel Vial : Je pense que militairement et techniquement, le camion de carburant qui était destiné à Bouna pour faire marcher les groupes électrogènes, car vous savez qu'il y a des problèmes d'eau et d'électricité à Bouna , a été bloqué et que, c'est ce blocage au sud en zone gouvernementale crée des problèmes C'est ce blocage de camion et, c'est uniquement pour cette raison là, dans ma métaphore c'est l'uf, a déclenché le mouvement des Forces Nouvelles, la poule
(Mireille ABIE-le Temps):Tout à l'heure, M. Simon nous a dit que dans le cadre de leur enquête, il avait des informations très poussées sur les exactions autant en zone gouvernementale qu'en zone sous contrôle des rebelles. Alors j'aimerais savoir sur la base de ces informations très poussées, qu'il nous donne ici, la différence entre un membre de la rébellion qui commet une exaction et, un milicien ?Comment arrive-t-il à les identifier, parce que nous n'arrivons pas à le faire jusque là !
SM : D'abord je voudrais compléter un élément par rapport à la question de notre ami Faustin, pour dire que, si vous avez eu l'impression sur la base de ma présentation sommaire, s'agissant de la zone sous contrôle des Forces Nouvelles, qu'il n'y a que des exactions relatives à l'action des chefs de guerre, lisez le rapport et vous verrez. Tel que le rapport est structuré, nous avons une partie consacrée aux exactions des droits de l'homme dans la partie gouvernementale et une autre partie consacrée aux exactions des droits de l'homme, dans la partie sous contrôle des Forces Nouvelles. Et vous verrez dans les détails, les différentes sortes de violations que l'on a pu déeceler de part et d'autre. Cela dit, vous dites comment fait-on la distinction entre les exactions commises par les miliciens et celles commises par les rebelles ? Bon ! À partir du moment où nous identifions les auteurs et que suite aux investigations, les intéressés ne sont pas identifiés comme appartenant à une formation militaire reconnue comme étant sous commandement des FAFN ou des FANCI, pour nous, ce sont des miliciens
(Journaliste non identifié) :Est-ce que l'arrivée de M. Pierre Schori en remplacement de M. Tevoedjre est confirmée pour demain comme vous l'avez dit ou est-ce un poisson d'avril ? Quels sont les résultats ou, que retenir de la visite inopinée hier à l'aéroport pour que l'on n'oublie pas ?
HT: Nous ne faisons jamais de poisson d'avril en ce qui concerne les conflits, surtout dans une situation aussi sérieuse que celle là. Je ne vous ai jamais dit que M. Schori viendrait le 01 avril, j'ai dit qu'il prendrait fonction à partir du 1er avril et, qu'il ferait son « briefing » à New York avant de venir à Abidjan. Je n'ai pas moi-même la date précise de son arrivée et j'avais promis de vous la communiquer. Dès que je le saurai, nous ferons un communiqué de presse. Mais il ne s'agit pas pour lui de venir à Abidjan demain le 01 avril. Nous vous respectons trop pour jouer à des histoires de poisson d'avril. Nous avons fait un communiqué de presse sur les inspections, nous sommes allés sur le site de l'aéroport Félix Houphouét Boigny, et nous n'avons rien trouvé, nous l'avons dit dans le communiqué. Toutes les parties ont coopéré à la mise en uvre de la résolution 1584.
Mme du journal Le Temps, il y a des groupes qui sont autorisés à avoir des armes en Côte d'Ivoire. Vous avez les FANCI, les FAFN, vous avez les militaires qui travaillent pour les Nations Unies et la Force Licorne. En dehors de ceux là, vous et moi, si nous constituons un groupe armé, nous devenons des miliciens. Merci
(Olivier Guede- L'intelligent d'Abidjan) :Votre petite clarification me fait peur !il suffit que moi je me rende à Bouaké pour détenir une arme, parce que vous ne pouvez pas me l'interdire puisque je suis à Bouaké, une zone sous contrôle des FAFN, c'est ça
HT : Non, ce n'est pas ce que je vous ai dit. Je vous ai dit qu'il y a les FAFN reconnues par les accords signés par elles-mêmes, il y a les FANCI, reconnues, il y a les casques bleus de l'ONU et les éléments de la force Licorne qui sont autorisés à détenir des armes dans le cadre de leur fonction ou bien de leur statut. Vous et moi, si nous allons à Bouaké avec des armes et que nous ne sommes pas enregistrés parmi ces éléments là, nous sommes des miliciens.C'est ce que je vous ai dit .Donc votre intervention me permet de faire la précision parce que très souvent il arrive que l'on vous fasse dire ce que vous ne pensez même pas
(Hervé AKACHE- 24 Heures) : Je voudrais simplement vous raconter une petite histoire : Il y a trois éléments du GPP qui ont été arrêtés une fois au corridor d'Alépé et se sont présentés aux éléments des FANCI comme étant des éléments du premier bataillon d'infanterie à Akouédo et, les éléments des FANCI présents, leur ont demandé de quelle compagnie ? Ils n'ont pas été capables de le dire. Immédiatement ils ont été pris comme des faussaires, des gens qui ne pouvaient pas s'identifier comme des éléments des FANCI qui normalement sont fichés à l'état major des FANCI, donc c'est clair. En tout cas pour certains d'entre nous, les choses sont claires .Merci
HT: J'avais envie de vous donner ma place ici. On va terminer sur cette note. Mais je voudrais vous dire quelque chose. Nous ne considérons pas vos questions comme des sujets de polémique. Ce sont des échanges que nous avons, il peut y avoir des incompréhensions, des préoccupations de votre part, vous êtes fondé à poser toutes les questions, nous ne prenons rien pour des questions personnelles, ni pour des désirs de polémiquer. Je donne la parole à Simon pour conclure cette conférence de presse et à jeudi prochain.
SM :Merci Hamadoun, je prends le micro juste pour dire à nos amis des médias, que l'esprit qui nous anime en lançant cette série de rapports mensuels, est un esprit de partage des informations sur la situation des droits de l'homme en Côte d'Ivoire et, nous n'avons pas la prétention de vous présenter cette situation de manière exhaustive d'autant plus que le contenu de notre rapport sera dicté par les violations portées à notre connaissance et il y en aura qui ne seront pas portées à notre connaissance mais qui feront partie de la situation des droits de l'homme en Côte d'Ivoire pour le mois concerné. Autrement dit, nous devons voir ceci comme une opportunité pour nous tous de collaborer pour faire sortir la lumière et la vérité concernant la situation des droits de l'homme pour que ceux qui sont responsable, puissent prendre les mesures nécessaires pour remédier à la situation. Pour nous donc, ceci n'est pas une occasion de polémiquer ni de démontrer que nous sommes infaillibles, nous ne le sommes pas, il peut y avoir des erreurs dans le rapport, ayez l'honnêteté de le porter à notre connaissance. S'il y a à corriger nous allons corriger .C'est un travail en cours et nous espérons mieux faire de mois en mois en ayant la conviction que nous le faisons dans le souci de voir la situation des droits de l'homme s'améliorer en Côte d'ivoire. Je vous remercie.
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