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Les politiciens

Dimanche 23 janvier 2005

HENRI EMMANUELLI JUGE JACQUES CHIRAC SUR RTL

 

Henri Emmanuelli : L'invité de RTL (10/11/04)

Le député socialiste et président du Conseil général des Landes était l'invité de RTL mercredi matin pour évoquer la crise en Côte d'Ivoire. Demeuré ami proche de Laurent Gbagbo, Henri Emmanuelli est critique sur la politique française dans ce pays.

- Jean-Michel APHATIE : Bonjour Henri Emmanuelli. Votre amitié ancienne avec le président de la Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo, vous rend très attentif à ce qui se passe dans ce pays. Hier à l'Assemblée Nationale, Jean-Pierre Raffarin a défini ainsi la politique que la France mène en Côte d'Ivoire: "notre seul but, a dit Jean-Pierre Raffarin, est d'éviter la guerre civile". Est-ce que vous reconnaissez la politique française dans cette formule Henri Emmanuelli?

Henri EMMANUELLI : Ecoutez, moi je voudrais d'abord rappeler que c'est une journée de deuil national. Donc ma première pensée va aux militaires qui ont été tués et à leur famille. Et une journée de deuil national ne se prête pas tellement à la polémique. Donc je resterai évidemment très mesuré dans mes propos...

- Il ne s'agit pas de "polémique", il s'agit d'expertiser la politique française en Côte d'Ivoire...

Oui ce n'était pas du tout par rapport à votre propos, c'est que je tenais à le dire. Sur ce qui se passe aujourd'hui, ma position c'est que je me pose beaucoup de questions.

- Lesquelles?

- Il y a des choses que je ne comprends pas. Je ne comprends pas comment, pourquoi, quel pouvait être le mobile des Ivoiriens de déclencher un tir sur les Français, au moment où le gouvernement ivoirien allait remporter la victoire finale en quelque sorte, c'est-à-dire réaliser l'intégrité du territoire ivoirien, puisque les rebelles n'existaient plus et que les troupes avançaient à la vitesse des moteurs à essence. Donc, pourquoi ce tir tout d'un coup? Qui l'a ordonné? Moi je pense quand même qu'il faut qu'on sache précisément quelle a été la chaîne de commandement.

- Michèle Alliot-Marie disait hier, elle l'a redit clairement hier, que selon elle cet acte était délibéré. Oui, mais ensuite devant la Commission de la Défense à l'Assemblée Nationale, elle a été beaucoup moins affirmative, disant qu'elle faisait faire une enquête pour savoir ce qu'avait été la chaîne de commandement. Parce qu'on ne comprend pas pourquoi, je le répète, le président de la Côte d'Ivoire, qui était sur le point de remporter la victoire totale, tout d'un coup aurait eu l'idée saugrenue d'aller taper sur des Français, de tuer des Français, ce qui ne pouvait évidemment qu'avoir des conséquences négatives pour lui. La deuxième chose que je ne comprends pas, c'est qu'après cet incident tragique, quelles qu'en aient été les raisons, le président de la République française se lance dans des mesures de représailles, quand même très sérieuses, chronologiquement quasiment dans l'instant, sans prendre des mesures de précaution pour la communauté française résidant en Côte d'Ivoire. Il est évident que décréter qu'on va détruire l'aviation ivoirienne, même si elle était modeste dans sa taille symboliquement, ne pouvait avoir que des effets très négatifs dans les rues d'Abidjan. Et c'est ce qui s'est produit. Il y a beaucoup de morts. Je lis ce matin qu'il y a eu sept morts hier. Mais il y en a eu le jour d'avant, il y en a eu encore le jour d'avant. Et d'ailleurs je m'étonne que ces morts-là n'apparaissent pas. Moi on me parle de trente morts, de quatre cents blessés avant-hier. Donc ça ferait trente-sept, plus cinq cents, etc.

- Vous contestez donc le bien-fondé de la décision de représailles prise par Jacques Chirac?

- Mais je ne conteste pas sa décision. Je me demande dans quelles conditions il l'a prise. Moi, j'aurais quand même cherché à savoir ce qui s'était passé. J'aurais pris contact avec les autorités ivoiriennes. Ce qu'il n'a pas fait, me dit-on côté ivoirien.

- Parce que vous avez des informations et des contacts côté ivoirien?

J'ai des contacts du côté ivoirien. On me dit: "on n'a même pas cherché à nous demander ce qui s'était passé. Quelles étaient les intentions, réelles ou supposées? Nous avons appris simultanément la mort des soldats français, et la destruction de notre aviation". Alors je trouve ça quand même un peu ahurissant parce que regardez aujourd'hui dans quelle situation nous sommes! Des foules face à des soldats français. Mais c'est extrêmement dangereux!

- "La haine anti-française", titre Le Figaro ce matin.

La phobie, la frustration... il y a à la fois des gens anti-Français, il y a des gens xénophobes, il y a des gens extrêmement miséreux qui évidemment se lancent dans l'aventure, parce que c'est une occasion inespérée. Donc c'est une situation vraiment explosive. Mais on le savait tout ça, on le sait depuis des mois! Même depuis trois ans on le sait!

- En fonction de ce qu'est la situation aujourd'hui, faut-il prévoir maintenant, d'après vous, le rapatriement des Français?

Moi je crois quand même qu'il faut prendre des mesures sérieuses. Des mesures de protection...

- Qui ne sont pas prises pour l'instant?

Je ne dis pas qu'elles ne sont pas prises. J'espère qu'elles sont prises... que des avions vont ramener ceux qui souhaitent être ramenés. Et j'en profite, je ne sais pas si les Ivoiriens nous écoutent, pour leur dire que vraiment il faut cesser ces violences. Ce n'est pas en s'en prenant à des Français, en pratiquant éventuellement une xénophobie, ou en menaçant des civils, qu'on va régler les problèmes de la Côte d'Ivoire. Je ne suis pas un adversaire de la Côte d'Ivoire, je suis plutôt un de ses amis; moi je demande à ces gens d'arrêter, n'est-ce pas, ces violences... si notre voix parvient jusque là-bas.

- Parlons de Laurent Gbagbo. Avez-vous eu des contacts directs avec lui ces derniers jours?

Oui.

- Que vous a-t-il dit ?

J'ai eu le sentiment d'une profonde incompréhension. Il ne comprend pas. Il dit: quel intérêt aurais-je eu à aller attaquer des Français? Premièrement. Deuxièmement: des choses qui ne sont pas comprises. Pourquoi les chars français ont entouré la résidence de Laurent Gbagbo? Pourquoi un hélicoptère français est allé détruire la seule batterie anti-aérienne qu'il y avait à la résidence? Ils n'ont plus d'avions! Ils ne risquent pas d'attaquer grand monde! En plus une batterie anti-aérienne en général c'est fait pour se défendre, ce n'est pas fait pour attaquer les autres! On lui aurait expliqué que les chars s'étaient trompés, qu'ils avaient pris la résidence pour l'hôtel Ivoire. C'est quand même un peu gros! Redescendre dans la rue des gens... quand ils ont vu les chars s'approcher de la résidence, les gens qui se sont couchés sur la voie pour s'interposer entre les chars français et le président de la Côte d'Ivoire. Tout ça quand même devient un petit peu surréaliste. C'est pour ça que je dis: quel est l'objectif, quel est notre objectif là-bas?

- L'objectif c'est renverser Laurent Gbagbo?

Il ne faut pas oublier...

- ... l'objectif? Pensez-vous que cet objectif existe?

Hier le Premier ministre nous a affirmé le contraire. Je lui fais le crédit de le croire. Mais enfin il y a eu des moments quand même où on peut se poser des questions. Je rappelle qu'à Marcoussy...

- ... les accords de 2003...

... après l'insurrection, il y a eu un accord imposé par la France, après une insurrection venue de l'étranger largement financée, et là aussi, comme par hasard depuis deux ans, on n'arrive pas à savoir d'où est venu tout cet argent, parce qu'il y en avait beaucoup pour financer les rebelles. Et qu'est-ce qu'on dit au président -dont Monsieur Raffarin nous dit hier qu'il est le président légal élu? On dit au président légal, élu, attaqué par une rébellion, venant de l'étranger, qu'il doit mettre au ministère de la Défense le patron des rebelles. Imaginez si on nous avait fait ce genre de proposition en France! Donc, depuis ce moment-là, les Ivoiriens sont très soupçonneux sur les intentions de la France. Très très soupçonneux.

- Et vous, pensez-vous qu'il pourrait y avoir un double jeu de la part des autorités françaises, Henri Emmanuelli?

Ecoutez j'espère que ce n'est pas le cas, parce que si c'était un double jeu c'est un jeu très dangereux, et c'est un jeu qui ne peut avoir que des conséquences tragiques. Alors moi je pense qu'aujourd'hui il faut...

- On parle aussi d'un double jeu de Laurent Gbagbo. Je suis l'ami de la France, et puis j'excite les passions anti-françaises...

Ecoutez, Laurent Gbagbo il arrive au pouvoir dans des circonstances extrêmement difficiles. Contrairement à ce que je lis ces jours-ci dans certains organes, il est élu démocratiquement. Ce n'est pas glorieux la façon dont il a été élu, mais il n'est pas responsable, ce n'est pas lui qui avait organisé les élections. Coup d'Etat 2001, qui était en fait la répétition... coup d'Etat 2002. Il avait prévu la France que ce coup d'Etat se préparait... et là aussi, soupçons... On n'a pas réagi.

- Il reste votre ami?

Ecoutez moi je n'ai pas un problème d'amitié là. Il y a des vivants et des morts. On est des responsables politiques. On est là pour prendre la mesure des choses, pour appeler au calme, et pour dire: la France en Afrique ne doit pas être soupçonnable. Elle doit avoir une position transparente. Et c'est la raison pour laquelle hier soir les socialistes ont souhaité une réévaluation de la politique française en Afrique.

- Mais certains socialistes souhaitent qu'on prenne un peu de distance avec Gbagbo visiblement.

Mais certains socialistes ont parlé un peu prématurément. Ils ont peut-être davantage pensé à leur propre image qu'à la réalité du terrain et ça, c'est pas très important!

Par Christian Bailly-Grandvaux
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Mercredi 26 janvier 2005
Chirac

Vous avez dit démocratie ?
 

NOIR CHIRAC
F.X. Verschave
Ed. Les Arenes
 

Pendant la manifestation du 1er mai dernier contre le FN, on pouvait lire ce slogan : « Donnons à Chirac le score de République bananière qu'il mérite. » Il s'agit en effet d'un homme qui se maintient dans les plus hautes sphères de l'Etat depuis 40 ans. L’impunité dont il jouit malgré les nombreuses affaires de corruption (autour de la Mairie de Paris) a poussé F. X. Verschave (plus connu pour ses livres sur le néocolonialisme français en Afrique, La Françafrique) à mener des investigations et une réflexion sur le Chirac « secret », les groupes d’intérêts qu’il représente. Il faut préciser que le livre a été écrit avant les élections présidentielles.

Pour l’auteur, les « affaires » ne sont que la partie visible de l’iceberg. Il ne se contente pas d’écrire un énième livre sur Chirac, mais restitue le contexte international, les grands enjeux de la période dite de la guerre froide. C’est la rivalité entre l’URSS et les Etats-Unis qui domine toute l’histoire de la seconde moitié du XXe siècle. Pour les dirigeants américains, qui sont à la tête d’une superpuissance, tous les moyens doivent être mis en œuvre pour combattre la « menace communiste », qui est volontairement surestimée.
« Dans les derniers mois de la seconde guerre mondiale, un service de contre-espionnage américain, la branche X 2, fut chargé de localiser les agents nazis restés sur place après le repli de la Wehrmacht: les « stay behind ». Plutôt que des les arrêter et de les fusiller, il fut décider d'en retourner le plus grand nombre et des les enrôler en vue de la guerre mondiale suivante, celle qui opposerait le monde libre au péril communiste. »

La CIA organise des réseaux en Europe, les « stay behind », où se côtoient l’extrême droite donc, les services secrets des pays de l’Alliance atlantique, les hommes politiques de la droite traditionnelle, les organisations mafieuses, les loges maçonniques et des sectes religieuses.

L’argent est au cœur de ces nébuleuses, les grandes banques internationales jouent un rôle clé, ainsi que les paradis fiscaux, notamment le Luxemburg avec des myriades de sociétés qui brassent les milliards des trafics (drogue, armes, etc.), et des commissions sur tous les grands contrats commerciaux et économiques (en particulier dans l’armement, le pétrole et le nucléaire).

Tout cet échafaudage est au service de la politique de Washington, dans sa lutte contre Moscou. L’axe de cette stratégie, c’est l’arme nucléaire et l’organisation de la prolifération. La France occupe une place centrale dans le dispositif. A l’époque le siège de l’OTAN est à Paris. C’est sous l’égide des Américains, que les savants français et israéliens fabriquent la première bombe « française » dans les années cinquante. Dans les années soixante, De Gaulle aide l’Afrique du Sud à se doter de l’arme atomique, avec la bénédiction américaine.

Dans la carrière de Chirac, trois « parrains » vont jouer un rôle déterminant : Marcel Dassault, Georges Pompidou, et l’officier Juillet. Ils représentent chacun une frange de ce que l'auteur appelle la « République occulte ».
Marcel Dassault, d'abord, qui domine le secteur de l’aéronautique, et occupe une place de choix dans le complexe militaro-industriel. A la tête de la plus grande fortune française, son influence est considérable. Georges Pompidou a un parcours atypique. Simple professeur, il devient le plus proche conseiller de De Gaulle à la Libération. Il mène parallèlement une carrière dans la grande banque. En 1958, il est l’un des artisans du coup d’Etat qui permet le retour de De Gaulle. Juillet est un militaire et un membre des services secrets. Il est conseiller de Pompidou quand celui-ci est Premier ministre en 1962, c’est l’homme de l’ombre, qui s’occupe des basses oeuvres.

C’est cette même année que Chirac entre à Matignon en tant que conseiller pour les affaires aéronautiques et immobilières. A l’époque, l’immobilier est un eldorado, la spéculation bat son plein, les chantiers se multiplient. Il est trésorier de la campagne présidentielle de Pompidou en 1969. Puis il va entrer en « politique », financé par Dassault et conseiller par Juillet, il se présente comme candidat à la députation en Corrèze. Au début des années soixante-dix il occupe différents ministères (Budget, Intérieur et Agriculture) et enfin en 1974 il devient Premier ministre du président Giscard.
Il est l’un des artisans de la prolifération nucléaire qui se poursuit dans les années soixante-dix en direction de l’Irak et de l’Iran.

Mais Chirac c’est aussi l’un des patrons de la Françafrique. Par ce mot, Verschave désigne l’ensemble des réseaux Foccart, l’homme qui, auprès du général de Gaulle, a organisé l’ »indépendance » des anciennes colonies d’Afrique. Cette nébuleuse est composée principalement par l’armée française, les services secrets, la société Elf, les réseaux de Pasqua… C’est le système néocolonial qui soutient les dictatures, participe aux fraudes électorales, renverse les gouvernements, entretient des guerres civiles, à seule fin de continuer le pillage des ressources naturelles (pétrole, minerais, matières premières).

En Afrique, Chirac est « l'ami personnel » des dictateurs : Idriss Déby au Tchad, Bongo au Gabon, Sassou au Congo-Brazzaville (soutenu en secret par Chirac en 1997 lors de son coup d’Etat, et qui a déclenché une épuration ethnique, avec des centaines de milliers de morts). Il affirme à ce propos : « Il faut bien que les dictateurs gagnent les élections, sinon ils n’en feront plus ! »

L’intérêt du livre de Verschave est de montrer que l’essence du pouvoir n’est pas dans les institutions élues, mais dans l’appareil d’Etat et les directions des grandes entreprises dont les intérêts sont communs. + sur le discours gaulliste « antiaméricain ». Il révèle les liens très étroits entre les deux pays concernant le nucléaire (les récents essais nucléaires en  1995 ont été réalisé en étroite collaboration avec les Etats-Unis)

Cependant, et même si l’auteur s’en défend son livre peut tendre vers une vision policière de l’histoire axée autour d’un « complot mondial » de par son manque de clarté quand il parle de l’alignement de la France sur les Etats-Unis : ces deux pays sont alliés et concurrents, bien qu’à l’époque de la guerre froide Washington possède les moyens de dicter sa politique et de faire pression sur les autres puissances. Ils se retrouvent parfois dans la défense des mêmes intérêts stratégiques, mais s’opposent pour la domination des marchés.

Ce livre est néanmoins très utile pour comprendre comment la bourgeoisie organise ses réseaux d’influence dans les plus hautes sphères de l’État afin d’assurer sa domination du monde.

Romain Chencinski et Stéphane Lanchon

Par Christian Bailly-Grandvaux
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Lundi 31 janvier 2005
BLE GOUDE A ADO ‘’Vous êtes dans le désarroi’’

Actualités / POLITIQUE
Date: 13 Jan 2005 @ 05:38
(l'intelligent d'abidjan -13/1/2005)

Le président de l’Alliance des jeunes patriotes enfin répond au président du Rdr. Si Blé Goudé reconnaît avoir rencontré Alassane Dramane Ouattara, il se défend d’avoir reçu l’argent de lui.

Je viens par la présente user de mon droit de réponse suite aux propos calomniateurs et injurieux de monsieur Alassane Dramane Ouattara à mon encontre dans votre édition du 10 janvier 2005.

A la question de savoir ce que Monsieur Alassane Dramane Ouattara pense de “Charles Blé Goudé et de ses jeunes patriotes” ;

ce dernier répond et je cite : “Je ne l’ai reçu qu’une seule fois, à sa demande.

C’était évidemment avant que cette crise éclate. Il m’a demandé un soutien financier pour un voyage qu’il devait effectuer dans le cadre de l’organisation des étudiants de l’Afrique de l’Ouest. Il tient aujourd’hui un discours totalement irresponsable”.

D’entrée de jeu, je voudrais préciser au journaliste qui a donné l’interview que les jeunes patriotes pour ne pas dire les patriotes de Côte d’Ivoire ne sont nullement ma possession. Ceux que vous appelez ‘’Jeunes Patriotes’’ de façon péjorative sont plutôt des ivoiriens et des non-ivoiriens parmi lesquels se trouvent des adultes et des vieux de tous âges qui répondent à notre appel chaque fois que la Côte d’Ivoire et ses institutions sont menacées. Soit.

En ce qui concerne la réponse de Monsieur Alassane Dramane Ouattara à votre question me concernant, j’avoue que ce Monsieur a l’art de faire cohabiter le faux avec le vrai. Plusieurs contrevérités sont donc à relever.



De la première contrevérité
Je n’ai jamais demandé d’audience à Monsieur Dramane Ouattara.

C’est plutôt lui qui, après l’éclatement du Front Républicain (coalition du Front Populaire Ivoirien (Fpi) de Monsieur Laurent Gbagbo et du Rassemblement des Républicains (Rdr) de Monsieur Alassane Dramane Ouattara) à la suite de la formation du gouvernement de transition sous Robert Gueï, a demandé à rencontrer le Bureau Exécutif National (Ben) de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci) que je dirigeais.



De la deuxième contrevérité

Je n’ai jamais reçu un seul centime de Monsieur Alassane Dramane Ouattara pour une quelconque réunion des Etudiants Ouest-africains. Le seul Secrétaire Général de la Fesci à avoir participé à une telle réunion s’appelle Soro Guillaume.



De la troisième contrevérité
Contrairement à ce que Monsieur Ouattara avance, il y a eu deux (2) rencontres entre lui et moi en 2000. Et cela à sa demande.

La première rencontre a eu lieu à son domicile en présence de Monsieur Thierry Legré en sa qualité de président du Cercle Alassane Dramane Ouattara (Cado) un mouvement de soutien à Monsieur Ouattara. La deuxième réunion a eu lieu à son cabinet en présence de tous les membres du Bureau Exécutif National de la Fesci que je dirigeais.



Du contenu de la Première rencontre
A cette rencontre Monsieur Ouattara m’a proposé de faire le tour du monde avec l’image de mon pied enchaîné sur mon lit d’hôpital (je rappelle que arrêté et jeté en prison en 1999 en ma qualité de Secrétaire Général de la Fesci, malade, j’ai été enchaîné sur mon lit d’hôpital par le pouvoir Pdci de Henri Konan Bédié) aux fins de mettre en difficulté le régime de Monsieur Henri Konan Bédié. Ce que j’ai refusé par principe.



Du contenu de la deuxième rencontre
A la deuxième rencontre, il était question de deux (2) points essentiels.

En ce qui concerne le premier point, M. Ouattara nous informe qu’il avait apporté sous forme d’aide une importante somme d’argent à la Fesci. Sur cette question, j’ai immédiatement réagi en faisant savoir à Monsieur Dramane Ouattara que je sortais de prison et que je n’avais jamais reçu un centime venant de lui. Je lui ai même donné l’occasion de désigner un seul membre du Bureau à qui il aurait remis cette somme, lui indiquant les membres du Bureau avec lesquels j’étais en prison et ceux qui, en liberté géraient la crise. Dans l’incapacité de le faire, Monsieur Ouattara est entré en colère contre ses collaborateurs Mme Henriette Diabaté, Secrétaire Générale du Rdr, actuelle ministre de la justice et Monsieur Amadou Gon Coulibaly, Secrétai re Général adjoint du Rdr, actuel ministre de l’agriculture, présents à cette rencontre. Puisque je le savais, j’ai invité Monsieur Alassane Ouattara à aller faire ses comptes avec Monsieur Bamba Moriféré, une de ses antennes à qui il aurait remis cet argent.

Cette vérité Monsieur Ouattara la connaît, Madame Diabaté la connaît, Monsieur Amadou Gon Coulibaly la connaît et l’ensemble de mon Bureau d’alors en est largement informé.

Pour le deuxième point, le président du Rdr a souhaité que la Fesci le soutienne dans son combat contre le leader du Fpi d’alors : Laurent Gbagbo. Parce que selon le sieur Ouattara, ce dernier manque d’expérience pour diriger la Côte d’Ivoire. A cette requête, j’ai demandé à Monsieur Alassane Ouattara d’engager une discussion avec son allié d’alors en faisant l’effort d’épargner le syndicat dont j’étais le Secrétaire Général. Cette réponse qui n’a pas été du goût de Monsieur Ouattara a été considérée comme une déclaration de guerre par ce dernier. Aussitôt après, a-t-il armé ses partisans au sein de la Fesci. Ce qui a valu à la Fesci sa plus grave crise appelée ‘’La crise des machettes’’. Et cela sous la houlette de celui qu’il dit admirer et à qui il a confié la gestion d’une rébellion conçue de toute pièce par lui-même : Soro Guillaume.

En clair, Monsieur Ouattara a tenté de m’embarquer dans son bateau de déchirement et de destruction de la Côte d’Ivoire. Mais il doit reconnaître qu’il a lamentablement échoué. Dès lors le monde entier doit comprendre la haine viscérale qu’il me voue et l’admiration euphorique qu’il a pour celui qu’il a réussi à emballer et à travers qui il accomplit aujourd’hui ses sales besognes.

En définitive, je voudrais faire savoir à Monsieur Ouattara que tout n’est pas que argent dans les rapports humains. Encore faut-il gagner cet argent honnêtement. Je comprends donc le bouleversement et le désarroi qui s’emparent de Monsieur Alassane Dramane Ouattara qui n’a jamais pensé qu’il puisse exister des personnes qui soient attachées à des idées, à des principes et à des valeurs morales.

C’est le lieu de lui indiquer que notre combat est un signe annonciateur d’une génération nouvelle, décidée à remplir sa mission pour donner naissance à une Côte d’Ivoire débarrassée des pratiques de corruption et de réseaux mafieux devenus une seconde religion pour Monsieur Ouattara.

Puisse cette note lui faire prendre conscience qu’en Côte d’Ivoire un jour nouveau se lève.

Monsieur le rédacteur en chef, tout en vous remerciant par avance de la publication de mon droit de réponse, veuillez recevoir l’expression de mes sentiments de profonds respects.

Charles Blé Goudé

Président du Congrès panafricain des jeunes patriotes (Cojep)





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Par Christian Bailly-Grandvaux
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Mardi 1 février 2005
L'alchimiste de l'explosion ivoirienne s'appelle Alassane Ouattara
L'alchimiste de l'explosion ivoirienne s'appelle Alassane Ouattara

La Côte d'Ivoire fait face à une attaque armée de l'extérieur depuis le 19 septembre 2002. Devant ce qui semble relever d'un acte de grand banditisme, les explications que les médias internationaux et les universitaires occidentaux, principalement français, fournissent se résument à une interprétation simpliste des trames de la vie publique ivoirienne avec pour objectif d'absoudre, voire légitimer, l'action des assaillants et leurs commanditaires. Le registre est tout trouvé: c'est l'exclusion d'Alassane Ouattara du jeu politique ivoirien à travers l'ivoirité qui, aux dires de ces experts de questions ivoiriennes, serait la raison principale des tensions politiques en Côte d'Ivoire.

Cette explication naïve de la crise ivoirienne présente, toutefois, un avantage: elle trahit le jeu de ceux qui la suscitent et la soutiennent. Le prétendu ostracisme et la xénophobie que les avocats de Ouattara tentent d'arrimer à l'ivoirité ne sont que des paravents. Leur utilisation tous azimuts par les thuriféraires ouattaristes procède d'une manœuvre de diversion. En vérité, c'est la présence d'Alassane Ouattara sur l'échiquier politique ivoirien qui explique les convulsions sociopolitiques dans ce pays. Mais, avant de présenter le vrai visage de Ouattara, tâchons de démontrer l'inanité du procès fait aux Ivoiriens à propos de l'ivoirité.

Ce qu'est l'ivoirité

Dans un recueil de textes de sa campagne électorale de 1995, l'ancien président ivoirien, M. Henri Konan Bédié, que l'on présente comme le promoteur de l'ivoirité a dit ceci: "le nouvel élan que je vous invite à partager enrichira en tout premier lieu notre identité qui réside d'abord dans la permanence des valeurs républicaines, celle de notre devise: l'union, la discipline, le travail; mais aussi la paix, la lutte contre les injustices à l'échelle nationale et internationale, l'égalité entre les hommes et les femmes, la laïcité de l'école et de l'Etat, le refus des fanatismes et des intolérances... Ces valeurs sont plus que jamais des valeurs de notre temps. Elles doivent contribuer à réaliser notre unité nationale et donner un sens universel à notre citoyenneté ivoirienne. Elles nous unissent et nous distinguent des autres nations... Cette prise de conscience collective de la nécessité d'affirmer notre identité nationale, face aux réalités internationales et aux diverses tentatives de dilution, permet d'asseoir les bases d'une nouvelle démarche de la vie politique de notre pays. "

Ce que l'ivoirité n'est pas

L'ivoirité n'est pas une loi. Elle ne saurait se confondre avec un acte administratif à partir duquel on est déclaré Ivoirien ou non Ivoirien. L'ivoirité n'établit pas une catégorisation des Ivoiriens en fonction de leurs origines et/ou convictions religieuses. Elle n'implique pas une démarcation entre les Ivoiriens et les ressortissants de la sous-région vivant sur le sol ivoirien. Elle n'a jamais aiguillonné de clivages ethnico-religieux comme projet de société. Il n'y a pas de passeport ou de carte d'ivoirité.

Les questions relatives à la nationalité ivoirienne sont traitées par le Code de la nationalité. Ce n'est point l'ivoirité qui définit la nationalité ivoirienne ou les conditions de son acquisition. Qu'un homme politique postulant aux fonctions présidentielles ne remplisse pas les conditions prescrites par la Loi fondamentale ivoirienne n'est, en rien, une question qu'on puisse réduire à l'ivoirité, si ce n'est que de mauvaise foi!

Il est vrai que l'ivoirité a été dévoyée, récupérée et pervertie par certains politiciens, notamment Alassane Ouattara, et leurs réseaux dans les médias, les centres de décision politique et les milieux diplomatiques. A dessein ou par ignorance, l'ivoirité est perçue, hors de la Côte d'Ivoire, comme un programme politique bâti à partir d'une doctrine d'exclusion prenant son essence dans une idéologie d'extrême droite. De façon insidieuse et pernicieuse, cette propagande a atteint ses objectifs, puisque des Ivoiriens originaires du Nord pensent que l'ivoirité est un projet conçu pour les exclure du champ politique national ou les confondre avec des ressortissants de pays de la sous-région ouest-africaine.

Nul ne saurait nier l'existence de tensions inter-ethniques sporadiques en Côte d'Ivoire ou l'émergence de sentiments de xénophobie, que ce soit à propos de questions foncières ou dans un cadre purement politique, surtout ces dernières années. Mais, s'il est plus aisé, par paresse intellectuelle ou par mauvaise foi, de chercher toute explication à un quelconque problème né de frictions intercommunautaires dans la notion d'ivoirité, l'on devrait éviter de prendre des raccourcis afin d'opérer des analyses profondes qui prennent en compte des situations sociales complexes et multiformes.

Trois ans après le départ de M. Bédié du pouvoir, les amis d'Alassane Ouattara devraient trouver une autre justification de son infortune politique au lieu de jeter leur dévolu sur l'ivoirité. Ni feu Robert Guéi, ni Laurent Gbagbo, en leur qualité de premier responsable de l'Etat, n'ont fait usage du concept d'ivoirité dans aucune de leurs déclarations publiques. Si c'est la Constitution de la deuxième République qui est perçue comme instrument de l'ivoirité, il faudrait noter qu'elle a été votée à 86% par voie référendaire. Le RDR d'Alassane Ouattara avait donné des consignes de vote à ses militants en faveur de cette Constitution.

Alassane Ouattara au cœur des intrigues politiques en Côte d'Ivoire

Depuis la mort d'Houphouët-Boigny en décembre 1993, la Côte d'Ivoire est confrontée à des tensions sociopolitiques résultant principalement de l'ambition politique forcenée et obsessionnelle d'Alassane Ouattara de diriger ce pays au plus haut niveau. Mais, en réalité, il n'est de politicien en Côte d'Ivoire qui fasse l'objet d'une aussi grande contestation que Ouattara!

Appelé à assumer les fonctions de Premier ministre par Félix Houphouët-Boigny sur l'insistance des Institutions de Bretton Woods, son rôle n'était que celui d'un technicien chargé de rétablir les grands équilibres comptables de l'Etat. En 1991, il institua, cependant, la carte de séjour pour distinguer les étrangers résidant en Côte d'Ivoire (les ressortissants de pays ouest-africains) des nationaux ivoiriens. Peu après, des convois de la police nationale, répondant aux ordres de Lansana Palenfo, Ministre de la sécurité d'alors et proche d'Alassane Ouattara, étaient dirigés, les vendredis, vers les mosquées pour procéder au contrôle de cartes de séjour (les mosquées étaient considérées comme des lieux de culte des ressortissants de pays sahéliens) suivi d'interpellations intempestives. Ce qu'aucun gouvernement ivoirien n'avait fait avant l'arrivée de Ouattara aux affaires et après son départ.
Dans la même période, un manifeste sous forme d'appel à la sécession du Nord ivoirien fit son apparition sous les boubous. Connu sous l'appellation de la "Charte du Grand Nord", il stigmatisait une supposée persécution ethnico-religieuse dont seraient victimes des Ivoiriens originaires du Nord. Selon le document, les Malinké et Sénoufo seraient exclus du jeu politique ivoirien et confondus avec les ressortissants des pays limitrophes par les Ivoiriens issus d'autres groupes ethniques.

Dès la mort d'Houphouët-Boigny, Alassane Ouattara annonça les couleurs de son combat avec la contestation de la Constitution qui faisait du président de l'Assemblée nationale le successeur du président de la République. Au bout de deux jours, il fut sommé par les officiers supérieurs des différents corps des Forces armées nationales de soumettre sa démission.

Alassane Ouattara suscita, en 1994, la création du Rassemblement des Républicains (RDR), parti politique regroupant essentiellement des Ivoiriens originaires du Nord, de confession musulmane, et des ressortissants de la sous-région ouest-africaine ayant en partage avec les zones septentrionales ivoiriennes ethnicité et religion. Très vite, le RDR se signala par l'usage de la violence comme moyen de défiance de l'autorité publique.

Bien que surfant sur les clivages ethniques et religieux à souhait dans une société ivoirienne cosmopolite, tolérante et hospitalière, le RDR entretient la psychose de persécution ethnico-religieuse et fait de la surenchère autour de la xénophobie à l'égard des ressortissants ouest-africains son fonds de commerce politique.

En prélude aux élections générales de 1995, un code électoral fut édicté en 1994. Les clauses du code relatives à l'éligibilité à la présidence de la République disposent que tout candidat doit être ivoirien de naissance, né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens de naissance. Il doit être âgé de quarante ans au moins et soixante-quinze ans au plus. Il doit résider en Côte d'Ivoire de façon continue pendant les dix ans précédant la date des élections. Il doit n'avoir jamais renoncé à la nationalité ivoirienne.

Dès que le nouveau code électoral fut soumis en première lecture au Parlement, Alassane Ouattara, qui s'était déjà déclaré candidat à l'élection présidentielle, se fit passer pour la cible du texte de loi et actionna son réseau de propagande fait d'organes de presse internationaux au motif que les conditions d'éligibilité seraient iniques et aberrantes. Les autorités ivoiriennes furent accusées de toutes sortes de dérives xénophobes et d'exclusion.


Si Ouattara retira sa candidature en 1995, il ne renonça pas pour autant à son ambition politique de diriger la Côte d'Ivoire. Le coup d'Etat des 23 et 24 décembre 1999 était pour Ouattara une voie détournée pour s'emparer du pouvoir. Ce putsch est le résultat, d'une part, d'une série d'actes de défiance de l'autorité publique perpétrés à l'intérieur des frontières ivoiriennes par le RDR et, d'autre part, d'une campagne de presse doublée de pressions diplomatiques, avec l'appui de mouvements politiques et d'organisations de la société civile, sur le plan international.

Les soldats ayant exécuté le coup d'Etat de décembre 1999 sont, pour l'essentiel, un noyau de sous-officiers originaires du Nord et musulmans. On les retrouva autour de Robert Guéi, en 2000, au début de la transition militaire, lorsque le RDR contrôlait la junte militaire et le gouvernement dont l'ossature principale était formée de cadres de ce mouvement politique.

Lorsque Robert Guéi indiqua, de manière voilée, son intention de se porter candidat à la présidentielle d'octobre 2000 et que les problèmes d'éligibilité de Ouattara refirent surface avec la nouvelle Constitution, les soldats du Nord l'ayant porté au pouvoir pour servir de faire-valoir de leur coup tentèrent de le renverser à deux reprises (juillet et septembre 2000).

Ayant déserté l'Armée ivoirienne pour se réfugier au Burkina Faso, ces soldats reprendront du service pour chercher, à nouveau, à installer Alassane Ouattara au pouvoir en janvier 2001. Mis en déroute par les Forces armées nationales ivoiriennes, leur deuxième tentative prenant pour base arrière le Burkina Faso est cette sanglante attaque que la Côte d'Ivoire vit actuellement.

Dans leur majorité, les Ivoiriens ne veulent pas d'Alassane Ouattara comme président, parce qu'il est burkinabé

En dehors de certains ressortissants du Nord issus principalement de deux groupes ethniques (Sénoufo et Malinké), la majorité des populations de la Côte d'Ivoire s'oppose obstinément à l'intention de Ouattara d'accession aux charges suprêmes de l'État ivoirien. La raison est toute simple: Ouattara n'est pas ivoirien, mais plutôt burkinabé.

S'il est admis qu'Alassane Ouattara a vu le jour en 1942 à Dimbokro, en Côte d'Ivoire, le montage qui fait naître son père en 1888 dans le même endroit est fort gros pour passer inaperçu! Pour que Dramane Ouattara père eut été conçu et né à Dimbokro, il aurait fallu que les Ouattara soient baoulé et installés sur plusieurs générations dans ce qui était un petit village de forêt ouvert au reste de la Côte d'Ivoire par les chemins de fer en 1910. En 1995, Ouattara concéda à Jeune Afrique 1812 du 28 septembre au 4 octobre 1995) que son((N grand-père était né à Sindou. En 1998, Gaoussou Ouattara, ci-devant frère d'Alassane avoua au Jour 993 des 23 et 24 mai 1998) que son père((N s'était rendu à Dimbokro après avoir séjourné dans plusieurs autres villes ivoiriennes. Il aurait d'abord commencé à travailler à Bobo Dioulasso et à Banfora (deux villes burkinabé proches de Sindou). En 1950, selon Gaoussou Ouattara, son père se retira à Sindou, avec Alassane Ouattara, pour assumer des fonctions de chef traditionnel.

Et c'est tout naturellement de l'ancienne Haute-Volta que Alassane Ouattara partit en 1962 étudier aux États-Unis. Il débarqua du bateau "le Groot Berr" à New York le 13 août 1962 pour poursuivre ses études aux USA sous les auspices de l'"African Scholarship Program of American Universities (ASPAU)" en qualité d'étudiant voltaïque (burkinabé).
Le 21 novembre 1969, au moment de s'inscrire à l'Université de Pennsylvanie pour le doctorat (Ph.D) d'Economie, il écrivit de sa main qu'il était voltaïque (burkinabé). Les dossiers de M. Alassane Ouattara, étudiant voltaïque (burkinabé), sont disponibles autant à l'Université Drexel (PA) qu'à l'Université de Pennsylvanie.

En 1973, il se fit recruter à la Banque des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) au nom de la Haute-Volta. D'abord chargé de mission du gouverneur de l'institution bancaire, il fut nommé directeur des études, ensuite vice-gouverneur, toujours au titre de la Haute-Volta. En 1984, quand il fut promu Directeur Afrique du Fonds monétaire international (FMI), M. Ouattara fut présenté comme citoyen burkinabé dans le bulletin mensuel de liaison de cette institution internationale.
L'obstination de Ouattara de se proclamer ivoirien pour seulement être président de la République, tout en niant son origine burkinabé, est d'autant plus suspecte que cette manœuvre est cautionnée par Blaise Compaoré, président du Burkina Faso. Et que les rebelles qui attaquent la Côte d'Ivoire aient trouvé gîte, camp d'entraînement, renfort, armes et munitions au Burkina Faso met à nu l'entreprise de prédation de la Côte d'Ivoire par deux Burkinabé et démontre son caractère factice.
Mais, plus on tentera d'imposer Ouattara par effraction aux Ivoiriens, plus on déstabilisera la Côte d'Ivoire et la sous-région ouest-africaine. De plus, en prenant des armes pour faire Alassane Ouattara roi en Côte d'Ivoire, les soldats rebelles originaires du Nord ivoirien et leurs maîtres de l'extérieur s'essaient à un jeu dangereux. S'ils réussissent, ni Ouattara, ni eux-mêmes ne pourront régner sur la Côte d'Ivoire dans la paix.

En effet, les configurations ethniques de la Côte d'Ivoire faites d'une pluralité de communautés humaines sans une nette domination des unes sur les autres ne permettent à aucun homme politique de se constituer une légitimité fondée sur une région ou s'appuyant sur un groupe ethnique et/ou une confession religieuse. Et si la baïonnette se substitue à l'urne en se donnant comme régulateur du jeu politique, il n'est pas garanti qu'elle sera manipulée uniquement et à jamais par des soldats d'un groupe ethnique donné au bénéfice exclusif d'un homme.

Pour tout dire, la véritable solution à l'imbroglio ivoirien est le retrait pur et simple d'Alassane Ouattara du jeu politique de la Côte d'Ivoire. Qu'il soit sous la protection de l'Ambassade de France, dans un pays qu'il veut diriger, à l'annonce de la rébellion le 19 septembre 2002 et que cela suscite des manifestations hostiles d'Ivoiriens de différents partis politiques et d'origines ethniques diverses est la preuve, s'il en est encore besoin, du malaise que crée l'intrusion de Ouattara dans l'arène politique ivoirienne, comme un cheveu sur la soupe.

Par Pascal N'Douffou-Djanwe
New York, USA
Par Christian Bailly-Grandvaux
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Mercredi 2 février 2005
 gbagbo aux jeunes africains : “Je vous laisserai demain un pays debout”


Notre Voie - 12/19/2004 8:16:10 PM

Discours de Laurent Gbagbo lors de l'ouverture du Congrès Panafricain de la Jeunesse Patriotique, Abidjan le 17 décembre 2004.


Je suis heureux d'être là parce que nous mènons une révolution démocratique dont les gens ne comprennent pas toujours le sens. Nous mènons une révolution pacifique et démocratique que les gens veulent dévoyer. Mais nous ne laisserons pas les gens de mauvaise foi dévoyer notre noble combat (applaudissements). Je voudrais demander seulement une chose : qu'on nous laisse travailler; qu'on nous laisse travailler; qu'on nous laisse travailler ! (la salle répond en chœur).
Pour nos amis qui viennent d'arriver de l'extérieur, je ne voudrais pas faire mon parcours. Ce n'est pas important. Mais je voudrais seulement dire les obstacles qu'on me met, les attaques que je reçois depuis que j'ai été élu par le peuple de Côte d'Ivoire le 22 octobre 2000. Avant d'égrener ces obstacles, je voudrais vous signaler que j'ai commencé véritablement mon combat en décembre 1969. Nous avons créé la première organisation dont une branche deviendra plus tard le FPI, à Strasbourg (en France), dans une chambre d'étudiants dans la chambre de mon ami Assoa Adou, qui est aujourd'hui ministre des Eaux et Forêts. Il était étudiant en médecine. Nous étions quatre.
Pendant ces trente années de combat dans l'opposition, jamais je n'ai pris aucune arme contre aucune institution de la Côte d'Ivoire (applaudissements). Jamais, pendant ces trente années, alors que je subissais les affres de la prison-mon père a été en prison, moi-même j'ai été en prison, mon oncle a été en prison, mon épouse a été en prison, mon fils a été en prison, ma sœur a été en prison-mais jamais, jamais, nous n'avons songé à prendre les armes contre la Côte d'Ivoire. Parce que nous croyons en nous. Parce que nous avons confiance en nous. Et nous avons confiance en notre relation avec le peuple. Nous savions que, tôt ou tard, ce peuple-là, que nous défendions, allait nous reconnaître et nous donner le pouvoir.
Quand on a confiance en soi, on ne prend pas les armes pour faire la guerre civile. Quand on a confiance en soi, on ne cherche pas les fusils comme moyen d'accession au pouvoir (…). Donc j’ai été élu le 22 octobre 2000. Cette élection était un peu comme des données qu'on met dans l'ordinateur. Dans beaucoup de capitales européennes, ils ont mis un certain nombre de données. Et ils ont tenté des touches, mais la feuille qui est sortie n'indiquait pas mon nom. Ils se réveillent un matin, on dit que c'est Laurent Gbagbo qui est président. Ils disent: “Mais, ce n'est pas ce que l'ordinateur nous a donné!”. Mais ça dépend de ce que vous avez mis dans l'ordinateur comme données de base. Ils ont été surpris. Ils ont été étonnés. Mais ils vont d'étonnements en étonnements (applaudissements). Parce que ce n'est pas eux qui décident qui doit gouverner la Côte d'Ivoire. C'est le peuple de Côte d'Ivoire qui décide qui doit gouverner la Côte d'Ivoire (ovations). C'est tout simple mais c'est difficile à comprendre pour eux. C'est simple mais c'est très difficile pour eux à avaler.
Donc, dès que j'ai été élu, on a dit : “D'ailleurs, Gbagbo est mal élu. Il est mal élu, il faut reprendre les élections”. Alors j'ai dit: “je ne reprendrai rien. Nous ne reprendrons rien”. Il y a un chef d'Etat africain que j'ai rencontré un jour. Il avait dit sur une radio qu'il faut reprendre les élections parce que Gbagbo a été élu avec très peu de gens. Parce que ceux qui ont participé aux élections ne sont pas nombreux. Quand je l'ai rencontré, je l'ai pris dans un couloir et j'ai dit : “Toi, pour ton élection, le taux de participation était de 21 %. Pour mon élection, le taux de participation était de 37% et j'ai été élu avec 59%. Je n'avais pas été élu avec un score africain. Alors, 21 % et 37 %, je ne veux plus t'entendre parler de ça, sinon, je vais te répondre” (applaudissements). Pour ne pas brouiller les relations diplomatiques, il y a des choses qu'on ne dit pas publiquement, mais quand on se retrouve, on peut se permettre de dire des vérités. J'ai été bien élu. Mais seulement leur candidat n'était pas là. Ce n'est pas mon problème à moi. J'ai dit plusieurs fois que j'ai été élu dans des conditions calamiteuses. Certains qui ne comprennent pas bien français disent : “Gbagbo a dit qu'il a été élu dans des conditions calamiteuses, ça veut dire que son élection a été mauvaise”. Vous voyez comment les gens ne comprennent pas ? Parce qu'après la proclamation des résultats, il y a eu des bagarres dans les rues et il y a eu des morts. Ce qui fait que nous n'avons même pas fait la fête pour que ceux qui n'ont jamais été au pouvoir et qui y arrivent fêtent au moins leur victoire. Nous n'avons pas fait cette fête. “J'ai été élu dans des conditions calamiteuses” ne veut pas dire que je suis mal élu. Je suis très bien élu mais dans des conditions calamiteuses (applaudissements). La langue française a ses règles, il faut la comprendre pour commenter une phrase en français. A un moment donné, ils ont cessé de dire ça pour s'attaquer à autre chose : “Gbagbo a créé un charnier. Il a tué des gens, il y avait 50 personnes tuées, entassées dans un coin, en brousse. Et que toutes ces personnes sont musulmanes”. Alors j'ai demandé à savoir comment on fait pour reconnaître un cadavre musulman. C'est un peu difficile. Vous trouvez plus de 50 corps quelque part et ce qui est curieux, c'est que la première personne à en parler est un journaliste français de RFI. Le réflexe normal d'un Ivoirien qui découvre un tas de cadavres, c'est d'aller à une gendarmerie ou à un poste de police. Son premier réflexe n'est pas d'aller à RFI. Alors, je me suis contenté de dire : “Ecoutez, dans ces bagarres que mes adversaires ont organisées c'est nous qui avons perdu le plus de monde. Il y a eu plus de 300 morts. Alors, ne me parlez pas seulement de 50. Si on veut parler des morts de 2000, parlons de 300 morts et ne me parlez pas de morts d'une certaine religion par rapport à des morts d'une autre religion. Un mort n'a plus de religion”. Alors, progressivement, ça a cessé.
On a dit, par la suite qu'en Côte d'Ivoire, il y a la xénophobie ; un autre thème de campagne. Comment un pays qui reçoit tous les Africains de tous les pays d'Afrique un pays qui reçoit tous ceux qui sont venus du Liban au moment de la guerre du Liban; un pays qui reçoit tous les Européens de tous les pays d'Europe peut-il être traité de xénophobe ? Alors j'ai dit à quelqu'un que quand on nous traite de xénophobes, c'est un hommage à notre pays. Parce que dans un pays où il n'y a aucun étranger, on ne peut pas dire qu'il y a de la xénophobie. S'il n'y a aucun étranger chez vous, on ne peut pas dire que vous êtes xénophobes. Parce que la xénophobie se définit comme une attitude vis-à-vis des étrangers. Mais, chez nous, il faut que nos amis sachent que, officiellement, il y a 26 % d'étrangers. C'est le taux le plus élevé au monde après, peut-être, Doubaï. Mais la différence, c'est qu'à Doubaï, on ne peut pas devenir Doubaï. Quand vous êtes étrangers, vous ne pouvez pas devenir Doubaï, alors qu'en Côte d'Ivoire, tous les étrangers qui sont ici peuvent devenir Ivoiriens, s'ils le désirent, sur une simple demande. Tout le monde peut devenir ivoirien s'il le veut. Et je suis le président qui a signé le plus de décrets de naturalisation depuis que la Côte d'Ivoire existe (applaudissements). Cela est vérifiable en comptant dans le journal officiel et je n'ai pas fini encore mon mandat. Je n'ai peut-être pas encore fini mes mandats (applaudissements).
Ils ont vu que la thèse de la xénophobie ne tenait pas parce que les chiffres parlaient contre une telle thèse. Donc, ils ont dit : “La Côte d'Ivoire est première productrice de cacao, mais le cacao est produit par les enfants-esclaves”. Nous avons fait front devant tout ça. Le cacao a été introduit en Côte d'Ivoire à la fin du 19ème siècle. Non seulement je n'étais pas encore né, mais ni mon père ni ma mère n'étaient encore conçus. Et voilà que c'est le jour où je deviens président de la République qu'on découvre que le cacao ivoirien est produit par les enfants-esclaves. Nous avons invité des journalistes du monde entier à venir se promener dans les plantations de cacao (rires). C'est risible, c'est petit; c'est minable, c'est ridicule (applaudissements). Tout cela est méprisable; et nous les méprisons. On ne vous demande pas de m'élire. On vous dit que je suis président. Un point, un trait ! (applaudissements).
Les Ivoiriens ont élu celui qu'ils veulent. Où est votre problème!? Jusqu'à présent, sur cette question, je ne comprends pas les problèmes des autres. Où est leur problème? On dit : “Gbagbo ne nous prend pas dans ses mains” . Les Ivoiriens qui sont concernés m'ont élu. Où est votre problème ? Vraiment, ça c'est une grande question sur laquelle on va faire des colloques. Où est le problème des autres? Quand ils élisent leur président, moi, j'envoie un message de félicitations. Je n'ai jamais rien dit sur les pratiques d'un chef d'Etat voisin ou lointain. Mais ça ne veut pas dire que je ne sais pas. Je pense que, pour que les Etats vivent tranquillement, sereinement, il ne faut rien dire. Donc je ne dis rien. Moi, je n'ai rien fait mais , eux, ils disent que j'ai fait des choses que je n'ai pas faites. Ils parlent … Dites-leur que ce n'est pas leur problème si je suis élu.
Donc, ils ont essayé tout ça.Tout cela était appuyé par des faits de violence. Les plus significatifs ont lieu d’abord les 7 et 8 janvier 2001 où ils ont tenté de faire un coup d'Etat. Ils ont même pris la radio et la télévision. Nous les avons chassés de là. Et la tentative de septembre 2002 est la seconde. Certains disent que les rebelles descendaient du Nord et les Français les ont arrêtés au Centre. Ce n’est pas vrai. Ils ont attaqué d'abord Abidjan. Ils ont concentré le plus gros de leurs forces à Abidjan. A Abidjan, ils ont attaqué la Brigade anti-émeute (BAE), la gendarmerie d'Agban, l'école de gendarmerie. Ils ont bloqué la route du camp militaire d'Akouédo. Nos soldats se sont battus et les ont chassés d'Abidjan. C'est ça qui est la vérité (applaudissements).
Et comme dans leur fuite nous n'avions pas les moyens logistiques pour projeter nos militaires derrière eux, puisqu'ils s'enfuyaient vers le Nord, j'ai donc demandé de l'aide à la France. J'ai demandé à la France de mettre à notre disposition deux ou trois hélicoptères. Naturellement, la France a refusé. On comprendra plus tard pourquoi (applaudissements).
Ce coup d'Etat a échoué donc puisqu'ils ont été repoussés. Jusqu'à la fin de la médiation d'Eyadéma à Lomé, il y avait une nature de cette attaque que je vais vous expliquer. La CEDEAO a convoqué une réunion à Accra, c’était Accra I. On a discuté. Les chefs d'Etat, pour manifester leur solidarité, ont pris une très belle résolution. La plus belle d'ailleurs depuis que cette crise est née. La plus belle sur papier, et on a créé un comité de médiation qu'on a confié au président Eyadéma. Mais, jusque-là, on considérait qu'il y avait des rebelles contre l'Etat de Côte d'Ivoire et qu'il fallait convaincre ces rebelles pour qu'ils déposent les armes et qu'ils partent. C'était le sens d'Accra I et de Lomé. Alors, l'Etat que je représente a envoyé une délégation conduite par le président du Conseil économique et social, Laurent Dona Fologo, comprenant tous les partis qui étaient au gouvernement. Cette médiation, on ne l'a pas laissé aller jusqu'à son terme. Pendant qu'elle se déroulait, on a convoqué Marcoussis.
A partir de Marcoussis, la nature du conflit a été changée par les négociants.
On n'a plus considéré l'Etat de Côte d'Ivoire. On a convoqué des partis politiques à Marcoussis et on leur a demandé de signer une déclaration. Moi-même, j'ai pris connaissance de ce document lorsque je suis arrivé à Paris pour la réunion de Kléber. J'ai été mis devant le fait accompli , mais je ne suis pas un pleureur. Je ne pleure pas. J'ai regardé le document. Le contenu était simple : “Gbagbo, pour le moment, tu vas rester-là, mais donne ton pouvoir à quelqu'un que nous te désignons et petit à petit on va te pousser à la mort et après tu partiras, et puis celui que nous attendons viendra s'installer”. Mais moi, je ne ferai pas ça !(applaudissements). J'ai regardé le papier et j'ai dit : “Eux-là, la lutte ne fait que commencer!” (applaudissements). La lutte ne faisait que commencer. Et la lutte a commencé effectivement. Et, petit à petit, les poissons nageurs dont on ne voyait que les écailles, on a découvert leur visage. Celui qu'on a découvert aujourd'hui, je ne sais pas si c'est le plus gros ou le dernier. En tout cas, il est gros (rires et applaudissements)…
Marcoussis plaçait les rebelles sur le même pied que l'Etat. C'est inacceptable. Marcoussis nous a contraint à mettre des rebelles, des tueurs, des assassins, des violeurs dans le gouvernement. Et, en plus, ils sont incapables. Donc le travail n'avance pas. Mais ça, c'est du passé ; on marche vers l'avenir.
Beaucoup disent aujourd'hui : “pourquoi Thabo Mbeki ?” Il est venu, il m'a parlé comme un homme. Il m'a parlé avec respect parce que lui, il sait ce que tout ça veut dire. D'où il vient, ils ont connu l'apartheid. Ils ont connu les emprisonnements. Ils ont connu les tueries. Ils ont connu les assassinats des militants. Et Dieu faisant bien les choses, pendant qu’il était ici chez moi, à 500 ou 600 mètres à l'Hôtel Ivoire, le 9 novembre, l'armée française a tiré sur les jeunes manifestants aux mains nues. Thabo Mbeki était là. Donc, il s'est fait une idée in vivo. Alors, la discussion a pris une autre forme, une autre dimension. Nous avançons. Aujourd'hui, nous voilà. Ce n'est pas Gbagbo qui est là. Ce n'est même pas seulement la Côte d'Ivoire, mais aujourd'hui, l'Afrique est là. Aujourd'hui, l'Afrique est là devant elle-même. Le fils de Lumumba est présent. Donc je vais citer un exemple qui vient de Congo et un exemple qui vient de Côte d'Ivoire.
Quand Lumumba s'est battu pour l'indépendance et qu'il a été élu, il y a d'autres Congolais dont je ne vais pas citer les noms parce que je ne voudrais pas blesser leurs descendants, mais qui s'offraient aux Belges, aux Français pour dire : “Lumumba, il est trop révolutionnaire. Laissez-le et mettez-moi à sa place, je vous rapporte le pays”. Ça ne ressemble pas à quelque chose ça!? (la salle répond par l'affirmative). Il y a des gens qui ne connaissent pas l'histoire de leur propre pays. Ceux-là ont aidé à tuer Lumumba pour que les Européens les prennent et les mettent au pouvoir. Au moment où Lumumba comptait sur le peuple pour arriver au pouvoir, eux, ils comptaient sur l'extérieur pour arriver au pouvoir chez eux. Ça ne vous dit rien ?
Mais, même ici, Houphouet a gagné parce qu'en 1949 et en 1950, pendant qu'il luttait, pendant que Anne-Marie Raggi, qui est morte et qu'on enterre aujourd'hui (samedi 1, lançait la grève contre les produits importés, il y avait, pendant ce temps-là, des Africains qui allaient voir les Français, leur gouverneur, pour dire :“Nous sommes là, enlevez Houphouet, il est révolutionnaire, il est trop anti-français. Mettez-nous à sa place”. Mais, ils ne peuvent pas vous mettre à sa place. C'est le peuple qui l'a élu!
Donc quand les indépendances ont été proclamées, ils ont institué ce phénomène par les coups d'Etat. On veut quelqu'un, on enlève l'autre. On vient, on l'enlève par un coup d'Etat, on encercle des adversaires. Il faut que cette tentative de coup d'Etat soit la dernière! (applaudissements).
Que veut l'Afrique dans son partenariat avec l'extérieur? L'Afrique est demandeur parce que l'Afrique, du fait de son histoire, a accusé un retard technologique, financier et économique. Mais l'Afrique est souveraine. Dans la discussion avec elle, il faut la respecter.
La première chose qu'il faut comprendre, c'est que, dans toutes négociations, même si elles sont techniques, c'est la dignité. Oui, nous sommes les combattants de la dignité. L'Afrique veut le respect. Je négocie avec toi un prêt. Si tu veux, tu me le donnes. Si tu ne veux pas, tu le dis. Tu peux me dire : “Je te fait un prêt, voici les conditions”. Moi aussi, j'accepte tes conditions ou je ne les accepte pas. Mais l'irrespect ne peut pas être accepté par les générations à venir. L'indignité ne peut pas être acceptée par les générations à venir.
Cher ami du MEDDA, nous sommes particulièrement heureux de ta présence. Dis au peuple français que ni le gouvernement ivoirien, ni le président de la République de Côte d'Ivoire, ni le peule ivoirien n'a rien contre le peuple français. Je suis un représentant de ceux qui ne peuvent rien avoir contre le peuple français. Mon père s'est battu avec ses camarades soldats français contre l'armée nazie. Mon père s'est battu pour que l'Allemagne nazie ne triomphe pas. Il était dans cette armée-là, qui, hélas, a été vaincue en 1940. Il était soldat volontaire. Le sergent Koudou, tel est son nom, a été prisonnier de guerre. Evadé, il a repris les armes. Il a été blessé de guerre, et il en porte encore les cicatrices. Soigné, il a été ramené à Fréjus. Il s'est reposé, puis il est rentré en 1942 par la voie maritime. Le prénom que je porte, Laurent, était le prénom du capitaine français qui commandait la compagnie de papa. Il est mort dans les bras de mon père. C'était un Français, blanc comme toi. Dans mon combat, j'ai vécu en France. J'ai fait six ans et demi d'exil en France sans argent. Mais il fallait que cet exil ait lieu pour que le combat soit popularisé au niveau mondial. Ce sont des amis français qui m'ont logé durant ces six ans et demi. Ce sont des camarades français qui m'ont logé. Donc nous n'avons absolument rien contre le peuple français. Mais, quiconque, au nom des intérêts idéologiques ou économiques, veut nous asservir nous trouvera debout! (applaudissements).
Le griot de Soundjata chantait (il fredonne une chanson en malinké). Ça veut dire que la mort vaut mieux que le déshonneur. Je ne me laisserai pas déshonorer et je ne laisserai pas déshonorer le peuple qui m'a élu. Jamais ! applaudissements).
Je voudrais vous dire que cette crise est en train de finir, et elle va finir. Nous en sortirons par la voie constitutionnelle. Il n'y a pas d'autres voies. Je lis des amusements sur certains journaux du genre: “Le président va peut-être choisir le référendum”; “ le président ne va peut -être pas choisir le référendum”. Ce n'est pas une question de choix du président. C'est une obligation cons - ti - tu - tion - nelle !!!(ovations).
La Constitution dit : “Si vous voulez modifier la Constitution, faites ceci, faites cela et enfin faites cela”. On a fait ceci, on a fait cela et puis, on va s'arrêter-là ? (nooon! répond la salle). Donc allez dire aux gens que nous nous sommes engagés tous dans la voie constitutionnelle de la modification de notre propre Constitution. La Constitution, c'est nous, c'est nous-mêmes. C'est notre sang. Nous avons commencé. On a introduit le texte au parlement. Le parlement pouvait bloquer le texte. Le vote du parlement ne signifie pas la modification constitutionnelle. Le parlement n'a pas compétence pour modifier la constitution. Ni le président de la République, ni le gouvernement, ni le parlement n'ont compétence pour modifier l'article 35 et l'article 55 de la Constitution. Eux (les députés), ils peuvent seulement dire au peuple : “Nous t'amenons le texte ou nous le bloquons”. Voilà le rôle du parlement. Au niveau du conseil des ministres, le président de la République peut bloquer le texte. Il ne l'a pas fait. Au niveau du parlement, l'Assemblée nationale peut bloquer le texte. Elle ne l'a pas fait. Le parlement a dit : “Peuple, nous te donnons ton texte. Tu veux le modifier ou tu ne veux pas le modifier. Fais-en ce que tu veux”. Voilà ce que le vote du parlement veut dire. Relisez les articles 126 et 127 de la Constitution de Côte d'Ivoire.
Donc sur ce plan-là, il faut être serein. C'est moi qui vais vous parler à la télévision, pour dire tel jour, on va aller au référendum. D'autres personnes parlent. Elles disent : “nous, on n'aime pas le référendum”. Mais, on ne vous demande d'aimer le référendum. Vous voulez la modification constitutionnelle ? La seule voie pour la modifier, c'est le peuple, et on va aller voir le peuple. S'il le modifie, il le modifie. S'il ne le modifie pas, il ne le modifie pas. Mais si c'est pour ça que vous avez fait un coup d'Etat, il faut que vous y renonciez désormais. Je voudrais dire à tous les présidents qui vont venir qu'il ne faut plus qu'ils fuient devant un petit pétard. C'est cette fuite qui favorise les coups d'Etat.
A tous les jeunes de Côte d'Ivoire, je voudrais vous dire que chaque génération fait son travail. La génération des Houphouet, c'était de proclamer l'indépendance. Ce qu'ils ont fait est bien ou n'est pas bien, ça c'est de l'histoire. La génération que je représente, c'est de donner la dignité, c'est de forcer le respect. C'est de faire en sorte que chacun, dans notre pays, se sente chez lui. C'est de faire en sorte que la colonisation que nos parents avaient combattue ne revienne sous une autre forme. C'est de faire en sorte que chacun puisse avoir du travail et manger. C'est de faire en sorte que chacun puisse mettre son enfant à l'école et l'éduquer. C'est de faire en sorte que si chacun est malade, il puisse se soigner. C'est ça notre génération. Le reste du combat vous appartient.
Vous les jeunes, vous aurez d'autres combats à venir. Parce qu'une action, lorsqu'elle est menée, elle crée toujours des déchets que vous serez amenés à nettoyer après. Je me bats dans le cadre de ma génération aujourd'hui. Je me bats sur la terre que nos ancêtres nous ont laissée. Je mène le combat que nos parents ont mené avant moi. Il y en a qui meurent aujourd'hui. Sachez qu'au temps de la pénétration coloniale, beaucoup des nôtres sont morts. Y compris Gbagbo Likpi, mon grand-père ; Amangoua est mort en exil au Gabon. Nous venons de rapatrier ses restes. Au temps de la lutte pour l'indépendance, il y a eu encore beaucoup de morts: Bouaflé, Dimbokro, Adzopé, Grand-Bassam, Treichville, Séguéla, Agboville; il y a eu beaucoup de morts. Aujourd'hui, la dame que vous voyez-là (la mère du jeune manifestant décapité le 9 novembre par l'armée française devant l'Hôtel Ivoire), son fils est mort dans le cadre du combat que nous mènons pour la dignité et le respect. Il faut que, chez nous ici, nous soyons libres d'ouvrir les bras pour accueillir tous nos frères qui arrivent. Il ne faut pas qu'on nous mette le fusil sur la tempe pour nous obliger à faire quelque chose.
Je ne comprends pas ceux qui nous agressent parce qu'on peut arriver au même résultat en étant serein. Nous accueillons déjà tout le monde. Je fais ma part et je le ferai sans aucune faiblesse, sans reculade, sans crainte parce que je sais que je fais mon devoir. Je sais que je lutte au nom de toute une génération d'Africains. Ce qui se passe en Côte d'Ivoire est regardé en Afrique, en Amérique latine, en Asie, et, un jour, vous saurez tous les témoignages que je reçois. Même ceux qui se réunissent comme ça (rires dans la salle) après ils viennent pour dire : “On n'est là ,mais vraiment, c'est difficile”.
Donc les jeunes, voilà ce que je vais vous laisser. Aucun pays ne se développe sans combat. Même les pays occidentaux qui ont envers nous quelquefois des attitudes dédaigneuses ont traversé des périodes dures dans leur histoire pour arriver à se développer. Les Etats-Unis ont connu la lutte d'indépendance. Ils ont connu aussi la guerre de sécession. La France a connu un siècle de chaos: la révolution française de 1788, celle de 1789, enfin, les restaurations, l'empire de nouveau, la révolution. L'Allemagne a connu l'unité allemande avec Bismark l'unité italienne avec Karvour. Tous ces pays ont connu leurs temps de tristesse, de pleurs et leurs morts. Je vous laisserai demain, un pays debout. Je vous laisserai un pays libre et prospère. Haut les cœurs, haut les cœurs, haut les cœurs (“On y va”, a répondu à trois reprises la salle).
Propos recueillis par Laurent Brindou

Par Christian Bailly-Grandvaux
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