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Les dictateurs africains

Samedi 22 janvier 2005

Le Sénégal Doit Arreter L'Ancien Dictateur Tchadien Hissène Habré

Le "Précédent Pinochet" invoqué

(Dakar, Sénégal – 26 janvier 2000) Une coalition d'organisations de défense des droits de l'homme a demandé à un tribunal sénégalais d'ordonner l'arrestation de l'ancien dictateur tchadien Hissène Habré.  

« Hissène Habré est le Pinochet de l'Afrique. En le jugeant, le Sénégal remplit les obligations qui lui incombent en vertu du droit international et contribue à mettre un terme au cercle vicieux de l'impunité qui affecte le continent africain. »
Reed Brody  
Directeur-Adjoint à Human Rights Watch
  
Dans une plainte déposée ce mardi à Dakar chez le doyen du juge d'instruction, M. Demba Kandji, au nom de centaines de victimes de torture, d'assassinats politiques et de "disparitions", des organisations sénégalaises, tchadiennes et internationales ont accusé Habre d'avoir commis des crimes contre l'humanité et des actes de torture pendant qu'il était au pouvoir, entre 1982 et 1990. Habre vit au Sénégal depuis décembre 1990, date à laquelle il fut déposé par le président actuel Idriss Deby.  
 
"Hissène Habré est le Pinochet de l'Afrique", a déclaré Reed Brody, Directeur-Adjoint à Human Rights Watch. "En le jugeant, le Sénégal remplit les obligations qui lui incombent en vertu du droit international et contribue à mettre un terme au cercle vicieux de l'impunité qui affecte le continent africain."  
 
La coalition d'organisations a confié à un juge d'instruction de Dakar des documents contenant des informations détaillées sur 97 cas d'assassinat politique, 142 cas de torture et 100 cas de "disparition". Neuf Tchadiens et l'Association des Victimes des Crimes et Répressions Politiques au Tchad (AVCRP), qui représente 792 victimes des brutalités du régime de Hissène Habré, sont cités en tant que parties civiles.  
 
Plusieurs partenaires se sont associés à cette initiative: Human Rights Watch (dont le siège est à New York), la Rencontre Africaine de Défense des Droits de l'Homme (RADDHO, basée à Dakar), la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme (FIDH), l'Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l'Homme, la Ligue Tchadienne des Droits de l'Homme (LTDH), l'Organisation Nationale des Droits de l'Homme (Sénégal), Interights (basée à Londres), et l'organisation française Agir Ensemble pour les Droits de l'Homme.  
 
"Pour la première fois, des victimes africaines demandent au tribunal d'un autre Etat africain de poursuivre un ancien dictateur africain", a déclaré Alioune Tine, directeur de la RADDHO. "Cette initiative peut non seulement permettre d'apporter la justice aux milliers de victimes de Habre, mais est également susceptible de contribuer à mettre fin à l'habitude qu'ont prise les anciens dictateurs de vivre un exil paisible dans un pays voisin du leur".  
 
Les groupes ont noté que le Sénégal a été le premier pays à ratifier le traité de Rome établissant la Cour Pénale Internationale. "Il est essentiel que le Sénégal continue de montrer l'exemple, alors même que les pays du Nord se montrent souvent trop frileux ou défaillants" a déclaré William Bourdon, Secrétaire- Général de la FIDH.  
 
Habre, aujourd'hui âgé de 57 ans, avait pris le pouvoir dans l'ancienne colonie française en 1982, en renversant le gouvernement de Goukouni Wedeye. Le régime de parti unique de Hissène Habré fut marqué par de multiples abus. Il s'attaqua à plusieurs reprises à certains groupes ethniques, tels que les Hadjerai (en 1987) et les Zaghawa (en 1989). Hissène Habré justifiait les assassinats et arrestations à grande échelle dont ces groupes firent l'objet en prétextant qu'ils représentaient une menace pour le régime. Juste après la fuite de Habre en 1990, sa Garde Présidentielle aurait tué plus de 300 prisonniers politiques détenus en secret au quartier général du Président, dans la capitale N'Djamena.  
 
Le nombre exact des victimes de Habre est inconnu. Une Commission d'Enquête établie par le gouvernement Deby a accusé le gouvernement Habre de s'être rendu coupable de 40 000 assassinats politiques et d'avoir torturé 200 000 personnes. La plupart de ces crimes ont été commis par sa police secrète, l'inquiétante Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS), composée de 8 000 agents.  
 
La Commission d'Enquête a également accusé Habre de s'être enfui au Sénégal en emportant 11,6 millions de dollars. En 1998, le Ministre tchadien de la Justice de l'époque, Limane Mahamat, avait déclaré que le Tchad allait demander l'extradition de Habre, mais aucune demande formelle en ce sens ne fut jamais formulée. Le Tchad a réussi cependant, suite à une action en justice entreprise au Sénégal, à récupérer l'avion que Habre avait utilisé lors de sa fuite.  
 
"Hissène Habré a écrit un chapitre particulièrement brutal de l'histoire tchadienne", a observé Delphine Djiraibe de l'Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l'Homme. "Son jugement contribuera, par le refus de l'impunité, à construire au Tchad une société fondée sur l'Etat de droit et la Justice".  
 
Les États-Unis et la France ont soutenu Habre pendant toute la durée de sa présidence, le considérant comme un rempart contre le leader libyen Mouamar Khadafi. Pendant la présidence de Ronald Reagan, les États-Unis apportèrent en secret et par le biais de la CIA un soutien paramilitaire à Habre, afin que celui-ci prenne le pouvoir dans son pays. Selon le Secrétaire d'État Alexander Haig, le but de la manœuvre était -littéralement- "de donner un bon coup sur le nez de Khadafi ". Par la suite, les États-Unis fournirent à Habre des dizaines de millions de dollars par an et des informations militaires recueillies par les services secrets. Malgré l'enlèvement par Habre et ses hommes, alors en rebellion contre le pouvoir central, de l'anthropologue française Françoise Claustre en 1974 et le meurtre tragique du Capitaine Galopin venu negocier la libération de sa compatriote en 1975, la France a également soutenu le régime de Habre, en lui procurant armes, soutien logistique et renseignements, et en lançant les opérations militaires ‘Manta' (août 1983) et ‘Epervier' (en février 1986).  
 
Les organisations ont présenté les témoignages recueillis sous serment de deux anciens prisonniers à qui la DDS ordonna de creuser des fosses afin d'enterrer les opposants de Habre. En plus de ceux qui furent assassinés, de nombreux prisonniers succombèrent à la faim, la malaria ou la dysenterie. La torture était monnaie courante dans les centres de détention. L'une des méthodes les plus fréquemment utilisées et dont deux des plaignants eurent à souffrir, "l'Arbatachar", consistait à lier ensemble et dans le dos les quatre membres d'un prisonnier, ce qui provoquait la coupure de la circulation sanguine et la paralysie. Les prisonniers étaient également passés à tabac et soumis à des séances d'électrochocs et d'immersion.  
 
Dans les documents remis au tribunal, les groupes mentionnent l'obligation qui incombe au Sénégal, en vertu du droit international, de poursuivre en justice les individus accusés de crimes contre l'humanité. Sont également citées la loi sénégalaise sur la torture et la Convention des Nations Unies contre la torture, de 1984, que le Sénégal a ratifiée en 1987. Cet instrument oblige les Etats à poursuivre eux-mêmes les personnes suspectées de torture et se trouvant sur leur territoire ou à les extrader. Cette convention est celle qui a été à la base de la détention par la Grande-Bretagne du Général Augusto Pinochet.  
 
Les victimes et organisations sont defendues dans cette affaire par un groupe d'avocats diriges par le Batonnier de l'Ordre des Avocats du Sénégal, Me. Yerim Thiam et qui compte également Boukounta Diallo et Sidiki Kaba.  
 
Pour obtenir davantage d'information, veuillez contacter:  
Dakar : Reed Brody (Human Rights Watch): 221-636 57 32  
Alioune Tine (RADDHO): 221-633 09 94  
William Bourdon (FIDH): via Paris 336-08 45 55 46  
Delphine Djiraibe (Association tchadienne): Hotel Tabara 221-823 70 21/ 22  
Dobian Assingar (LTDH): Hotel Tabara 221-823 70 21/ 22  
Sidiki Kaba (ONDH): 221-637 50 20 ou 221-951 28 90  
Londres : Ibrahima Kane (Interights) : 44 -171 278 32 30  
Bruxelles : Jean-Paul Marthoz (Human Rights Watch) : 322-732 20 09  
 
Pour obtenir des photographies d'Hissène Habré, veuillez contacter:  
(aux Etats-Unis) Frederic Guarino, Corbis Sygma New York - Tel: 1 212 675 7900; Fax: 1 212 675 2433; email: fredericg@corbis.com  
(en France) Dominique Martel, Corbis Sygma Paris- Tel: 33 1 47 27 70 30; Fax: 33 1 47 27 23 59; email: dmartel@sygma.fr  
Par Christian Bailly-Grandvaux
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Samedi 22 janvier 2005

Un dictateur fait docteur honoris Causa par Lyon III


Mardi 20 avril 2004



Vendredi 23 avril, à 17 heures, dans l'amphithéâtre de l'université Lyon III, au 15 du quai Claude Bernard, le dictateur africain Blaise Compaoré, actuel président du Burkina Faso se verra élevé à la dignité de Docteur honoris Causa par celui qui dirige aujourd'hui les destinées d'un établissement universitaire rendu tristement célèbre par son image de vivier d'extrême droite et de terrain d'influence des négationnistes.

Le dernier président africain à être honoré de cette manière, en mars 1999, par l'université lyonnaise avait été Henri Konan Bédié, qui tenait alors les rênes de la Côte d'Ivoire. Neuf mois plus tard, pour Noël, ce fidèle serviteur de la Françafrique était renversé par un coup d'Etat, et chassé par le peuple, et son diplôme d'intellectuel des Gaules jonchait le sol d'un palais présidentiel dévasté.

Blaise Compaoré ne le cède en rien à son prédécesseur en honneurs lyonnais en ce qui concerne l'attention portée aux intérêts de la France en Afrique. On se souvient qu'il a pris le pouvoir en octobre 1987, après l'assassinat de Thomas Sankara lors d'une réunion du Conseil de l'Entente, à Ouagadougou, à laquelle il participait.

On sait moins que Blaise Compaoré, alors numéro 2 du régime, avait été élevé par le père de Thomas Sankara, et qu'en Afrique on les considérait comme "frères". Pourtant, la politique de rupture avec le colonisateur français, le refus de Sankara de serrer la main de Mitterrand, en 1983, tant que les torts de la France ne seraient pas reconnus, le choix d'un développement anti-libéral dans un pays considéré comme le plus pauvre de la planète, tout ceci avait creusé un fossé entre les deux hommes. Au point que quelques semaines avant son assassinat, Thomas Sankara avait pu déclarer à des journalistes:

"Le jour où vous entendrez que Blaise Compaoré prépare un coup d'Etat contre moi, ne me prévenez pas, il sera déjà trop tard".

Cette sorte d'acceptation de la fatalité trouve sa source, pour une part dans ces histoires largement répandues par les griots africains dans lesquelles le fils biologique est assassiné par la jalousie du fils adopté, ce que la rue, aujourd'hui à Ouagadougou, traduit, en fixant le palais présidentiel, par "le frère qui a tué le frère".


Thomas Sankara, "le frère qui a été tué par le frère".
.

Après l'assassinat de Sankara qui avait baptisé l'ancienne Haute Volta, Burkina Faso, "le pays des hommes intègres", Blaise Compaoré s'est fait élire par deux fois au moyen d'élections largement frauduleuses, comme le souligne l'association Survie de François-Xavier Verschave. Puis un rapport de l'ONU l'accusera, ainsi que son ami dictateur Charles Taylor, d'être "au cœur de trafics croisés d'armes et de diamants au bénéfice des rebelles angolais de l'Unita et Sierra-Léonnais du RUF". (Billets d'Afrique, février 2001).

La politique de Blaise Compaoré de participation à la déstabilisation de l'Afrique de l'Ouest, au mieux des intérêts français, la main-mise de son clan sur le pays, ont suscité une forte opposition dont un journaliste, Norbert Zongo, fut la voix principale. Il était assassiné en décembre 1998 après une série d'articles mettant en cause le pouvoir dans le meurtre de David Ouedraogo, le chauffeur du petit frère de Blaise Compaoré. Quelques mois plus tard, le gendarme Abdoulaye Semdé qui était soupçonné d'avoir rédigé un faux procès-verbal pour protéger les puissants, disparaissait à son tour dans des circonstances troublantes. Cinq autres personnes mêlées à l'affaire Zongo passaient rapidement de vie à trépas, ce dont l'AFP s'émouvait dans une dépêche du 2 juin 1999.

Quelques semaines après l'exécution du journaliste Norbert Zongo, un groupe d'officiers opposés à Blaise Compaoré a diffusé un communiqué précisant que plusieurs des assassins de Zongo avaient participé, onze années plus tôt, au meurtre de Thomas Sankara qui avait permis à Compaoré de s'emparer du pouvoir.

A ce jour, aucune de ces affaires n'a trouvé d'épilogue judiciaire, et l'on ignore toujours, officiellement, qui appuyait sur la détente des armes et qui tirait les ficelles.

Le président de Lyon III, monsieur Guy Lavorel, remettra donc les insignes de docteur honoris Causa à Blaise Compaoré pour "son action en faveur de la francophonie".

Peut-être sa langue fourchera-t-elle au moment des toasts, et un lapsus freudien s'insinuera-t-il:
"Monsieur Blaise Compaoré, je vous fais dictateur hororis causa de l'université Jean Moulin…"

Par Christian Bailly-Grandvaux
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Samedi 22 janvier 2005

Burkina Faso: coup d'Etat, meurtres et répression permanente

4 janvier 1999

Blaise Compaore, président putschiste de son pays et actuel président de l'OUA (Organisation Unité Africaine) aimerait être considéré comme un des "sages d'Afrique". Le seul "détail" qui coince est que cet ancien militaire qui dirige "le pays des hommes intègres" a bâti son pouvoir sur la violence et la corruption. Après avoir éliminé son prédécesseur, le président anticolonialiste Thomas Sankara et, après l'assassinat de Clémént Oumarou, principal dirigeant de l'opposition (tué à la grenade en plein centre de la capitale au lendemain de la première élection de Compaore) le despote de Ouagadougou vient de lancer une campagne de terrorisme contre la presse et l'opinion publique.

Le 13 décembre, Norbert Zongo, journaliste a "L'Indépendant" est retrouvé mort, avec trois amis, dans sa voiture carbonisée. Le véhicule a été incendié de intérieur et l'on a relevé des traces d'impacts de balles a son arrière... Il est vrai que le journaliste avait récemment mis en cause François Compaore, le frère de Blaise, dont le chauffeur a été tué en prison après y avoir été jeté par son employeur... mais, Zongo s'intéressait surtout a la corruption de l'administration et aux étranges circuits économiques qui gèrent l'exploitation de l'or au Burkina.

Les obsèques du journaliste ont été suivies par plus de 15000 personnes et de nombreuses manifestations ont secoué tout le pays.

La dernière a eu lieu hier a Ouagadougou, la police a chargé violemment en faisant usage de gaz lacrymogènes et plusieurs personnes viennent d'être arrêtées.

Pendant que l'opposition a appellé à une grève générale de 72 heures, le président Compaore a annoncé la formation d'une "commission d'enquête indépendante" chargée de faire la lumière sur les étranges circonstances de la mort de Zongo et de ses amis. C'est curieux, déjà après l'assassinat de Clémént Oumarou la seule réponse du (même) régime fut la création d'une "commission d'enquête"... laquelle, faute d'arriver "à découvrir les coupables", se contente d'additionner le morts et d'enterrer au plus vite leur mémoire...

Par Christian Bailly-Grandvaux
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Samedi 22 janvier 2005

Un tortionnaire tchadien redouté est renvoyé de la Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire

Mahamat Djibrine a été rattrapé par son passé criminel du temps où il servait dans le régime de l’ex-dictateur du Tchad, Hissène Habré

(New York, le 20 janvier 2005) -- L’un des « tortionnaires les plus redoutés » du Tchad a été renvoyé de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) suite à une plainte de Human Rights Watch auprès des Nations Unies, a annoncé aujourd’hui Reed Brody, juriste de cette organisation de défense de droits humains. Mahamat Djibrine travaillait pour la section de police civile de l’ONUCI jusqu’à ce que le gouvernement du Tchad soit amené à le rappeler à N’Djaména.

« Le gouvernement tchadien n’aurait jamais dû proposer Mahamat Djibrine pour un tel poste. C’est une insulte faite à ses victimes, à l’ONU ainsi qu’aux Tchadiens et aux Ivoiriens dans leur ensemble. »
Jacqueline  
Moudeina, Présidente de Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de L'Homme (ATPDH)
  
Pendant le régime dictatorial de Hissène Habré au Tchad (1982-1990), Mahamat Djibrine, dit « El Djonto » fut l’un des plus puissants éléments de la police politique de Habré, la Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS), responsable de l’assassinat de centaines d’opposants politiques et de tortures systématiques.  
 
D’après le rapport de la Commission d’Enquête du Ministère tchadien de la justice sur les crimes du régime de Hissène Habré publié dès 1992, Mahamat Djibrine était l’un des « tortionnaires les plus redoutés» du Tchad. Mahamat Djibrine faisait partie de la « Commission chargée de l’interrogatoire des détenus » dont le rôle était de « faire avouer les détenus » en recourant « de façon systématique à la torture lors de ses interrogatoires ». La Commission d’Enquête ajoute que Mahamat Djibrine fut également membre des deux commissions chargées de l’arrestation des membres des ethnies Hadjaraï en 1987 et Zaghawa en 1989 lorsque le régime Habré organisa des campagnes de nettoyage ethnique dans tout le Tchad.  
 
Avant de partir pour la Côte d’Ivoire, Mahamat Djibrine était toujours Chef de cabinet du Directeur Général de la Police Nationale au Tchad. Comme une trentaine de ses ex-collègues de la DDS accusés de tortures et de meurtres par la Commission d’Enquête de 1992, Mahamat Djibrine a conservé, jusqu’à aujourd’hui, des fonctions officielles au sein de l’appareil sécuritaire de l’Etat tchadien. Dès 1992 encore, la Commission d’Enquête avait recommandé au gouvernement tchadien « d’écarter de leurs fonctions… tous les anciens agents de la DDS réhabilités et engagés » au sein de la sécurité du Tchad.  
 
« Le gouvernement tchadien n’aurait jamais dû proposer Mahamat Djibrine pour un tel poste. C’est une insulte faite à ses victimes, à l’ONU ainsi qu’aux Tchadiens et aux Ivoiriens dans leur ensemble », a déclaré Jacqueline  
Moudeina, Présidente de Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de L’Homme (ATPDH). « Cette attitude du gouvernement tchadien est symptomatique de son refus d’en finir définitivement avec les ex-tortionnaires du régime Habré qui gravitent toujours au sein des échelons les plus élevés de l’administration tchadienne. »  
 
« C’est une honte, une véritable humiliation pour le Tchad » a déclaré Ismael Hachim, Président de l'Association des Victimes des Crimes et Répressions Politiques (AVCRP). « Que nos anciens tortionnaires occupent encore des postes de responsabilité au sein de l’administration tchadienne nous révolte déjà profondément, mais que maintenant ils représentent le Tchad dans les instances internationales, cela dépasse l’entendement ».  
 
Plusieurs plaintes criminelles ont été déposées devant les tribunaux tchadiens contre Mahamat Djibrine qui est accusé par ses victimes de les avoir directement torturées. L’une de ces plaintes déposées par Ismael Hachim, peut être consultée à l’adresse suivante :  
http://www.hrw.org/french/themes/habre-hachim.html  
 
Le professeur d’université, écrivain et actuellement vice-recteur de l’université du Tchad, Zakaria Fadoul Khidir, a publié un livre où il raconte son arrestation pendant la répression ethnique de 1989 et son interrogatoire par Mahamat Djibrine. Alors que le professeur Fadoul Khidir proteste de son innocence, Mahamat Djibrine lui répond que « la responsabilité est collective ».  
 
Les fonctions et les actions de Mahamat Djibrine au sein de l’appareil répressif du régime Habré sont amplement établies par des documents officiels tirés des archives de la DDS découvertes par Human Rights Watch à N’Djaména en 2001. En plus de ces documents, Human Rights Watch et la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme ont procédé à des interviews de dizaines de victimes du régime Habré, dont neuf d’entre elles affirment que Mahamat Djibrine a participé ou était présent lorsqu’elles ont subi des actes de torture.  
 
Rappel - Les Poursuites contre Hissène Habré, un « Pinochet africain »  
 
L’enquête sur les plaintes pour violation massive des droits de l’homme déposées en Belgique contre l’ancien dictateur tchadien, Hissène Habré, se poursuit activement suite à la mission au Tchad d’un juge d’instruction belge, et n'a pas été concernée par l’abrogation au mois d’août 2003 de la loi belge de compétence universelle. Habré, le « Pinochet africain », qui était président du Tchad de 1982 à 1990, vit actuellement en exil au Sénégal. Il avait déjà été inculpé dans ce pays, il y a cinq ans, de complicité de crimes contre l’humanité, d’actes de torture et de barbarie, avant que la justice sénégalaise ne se déclare incompétente pour le juger.  
 
L’affaire Habré peut être consultée sur le site suivant: http://www.hrw.org/french/themes/habre.htm  
Par Christian Bailly-Grandvaux
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Vendredi 28 janvier 2005
La complicité tacite du Président Eyadéma
Côte d'Ivoire - [ 1/28/2005 ]

 Hier, nous vous avons proposé la première partie de notre dossier sur le projet de déstabilisation activement en préparation au Togo voisin, par la rébellion ivoirienne qui y a établi ses quartiers. Aujourd’hui, nous abordons le dernier volet avec notamment l’attitude pour le moins troublante de la présidence togolaise.

Alors que les rebelles ivoiriens clament à toutes les tribunes qu’ils sont pour une solution négociée à la crise en Côte d’Ivoire, ils se préparent secrètement à porter un autre mauvais coup au camp présidentiel. Dans ce projet, ils sont certains d’être accompagnés par la France, chargée d’exécuter un pan du vaste complot contre les institutions ivoiriennes.

Paris travaille à l’asphyxie de l’économie ivoirienne
Les autorités françaises, dans leur ‘’guerre totale’’ contre le Président Laurent Gbagbo, n’entendent lésiner sur aucun moyen. Ainsi, pendant qu’elles portent à bout de bras une rébellion ivoirienne visiblement essoufflée, les autorités parisiennes travaillent intensément à l’asphyxie de l’économie ivoirienne. Et cela par l’isolement du port d’Abidjan. Les injonctions récurrentes faites aux entreprises françaises et occidentales pour qu’elles délocalisent leurs activités s’inscrivent dans cette stratégie. Les ‘’Messieurs Côte d’Ivoire’’ de l’Elysée ayant juré que seul un assèchement des caisses de l’Etat ivoirien - qui conduira au non paiement des salaires - pourra faire chuter le régime Gbagbo. Et sûr d’avoir découvert le tendon d’Achille du n°1 ivoirien, Paris s’atelle, depuis quelques semaines, à donner du contenu à son projet d’étouffement de l’économie ivoirienne. Et Lomé se présente comme le meilleur laboratoire. C’est ainsi que seulement un mois après la levée de l’embargo (en novembre 2004) de l’Union européenne (Ue) contre le Togo pour déficit de démocratie, la France a investi plus de 400 milliards au pays du Général président Eyadéma. Elle a ainsi racheté la Banque SNI du Togo, financé la zone franche portuaire à l’effet d’agrandir les infrastructures. Aussi Paris a-t-il déjà livré 500 véhicules de marque Peugeot 307 et Partner. Une livraison de portiques a même déjà été annoncée aux autorités portuaires de Lomé. Garantie leur a été donnée qu’avec tous ces investissements, le port de Lomé sera la nouvelle attraction de la sous-région, loin devant Abidjan. Mais en attendant, les barbouzes français s’activent, dit-on, à faire dévier 40% des navires transportant des marchandises pour les pays sahéliens à destination du port d’Abidjan, au profit de Lomé. C’est connu, ‘’le malheur des uns fait le bonheur des autres’’. Et l’intérêt grandiose que porte subitement l’Elysée au Togo voisin n’est pas fait pour déplaire aux autorités de Lomé. A commencer par le Président Etienne Gnassingbé Eyadéma.

La complicité tacite d’Eyadéma
Compagnon de feu le président Félix Houphouët-Boigny, le général-président passait jusqu’à une date récente pour l’un des gardiens de l’héritage de paix du ‘’bélier de Yamoussoukro’’. C’est d’ailleurs pourquoi les Ivoiriens ont toujours fondé de grands espoirs en lui chaque fois qu’il a entrepris une médiation. Mais depuis quelques semaines, l’attitude du premier citoyen togolais à l’égard du palais d’Abidjan intrigue. Et cela en raison de la passivité du général – président face à l’activisme fort visible des rebelles ivoiriens à Lomé. Il n’est un secret pour personne qu’Eyadéma qui règne d’une main de fer depuis 38 ans sur le Togo a pratiquement fait un Etat policier. A tel point que la plupart des conducteurs de taxi et les petits employés des principaux réceptifs hôteliers de Lomé sont des agents de renseignement. Au cours de notre séjour en terre togolaise, nous en avons encore eu la preuve. Dans ces conditions, le Président Eyadéma ne peut pas ignorer les vraies raisons de la présence continue des Guéi Emmanuel, Seydou Ouattara, Doumbia Moussa et autres lieutenant Koné Abdoulaye sur son sol. Encore moins des incursions régulières du sergent Chérif Ousmane. Autre fait qui laisse songeur, c’est l’attitude du ministre de la Défense, le général Tijani, à l’endroit des rebelles ivoiriens. Cet homme, reconnu pour être l’homme de confiance du président togolais, était aux petits soins de Guillaume Soro et sa délégation lors de leur dernier séjour à Lomé. A plusieurs reprises, le général Tijani a été aperçu marchant presque bras dessus-dessous et devisant joyeusement avec le secrétaire général des rebelles ivoiriens. Guillaume Soro lui-même, au sortir de sa rencontre le 22 janvier dernier avec le président togolais, à Kara, n’a pas caché sa joie de pouvoir « compter sur le président Eyadéma pour l’aboutissement de leurs revendications ». Dans les milieux proches de la présidence togolaise, on explique l’attitude du chef de l’Etat par son mécontentement à l’égard de son homologue ivoirien. Mécontentement qui serait né du déclenchement de ‘’l’opération Dignit钒 des Fanci. Le général président n’aurait pas admis d’avoir été tenu à l’écart du projet mais aussi de l’avoir déclenché pendant qu’il recevait Soro Guillaume à Lomé. Donnant ainsi l’impression qu’il était complice d’Abidjan. Mais dans certaines chancelleries sur la place de Lomé, on n’hésite pas à attribuer le comportement du général-président à ‘’un accord secret conclu avec Paris. Un deal qui consiste à la levée de l’embargo de l’Ue’’. Ceci explique-t-il que le Président Eyadéma ait permis que Guillaume Soro débite, pendant deux heures, des insanités au sujet de son homologue ivoirien sur un plateau de télévision ? Pour l’heure, nul ne le sait, mais le fait était suffisamment grave pour ne pas échapper aux Togolais.

Ce que Soro a dit sur TV2
Au cours de son dernier séjour (du 18 au 22 janvier 2005) en terre togolaise, le secrétaire général du Mpci n’a pas chômé. Entre deux réunions avec ses antennes locales, il échangeait avec les autorités de Lomé et s’ouvrait à la presse locale. Son passage le plus remarqué fut sa prestation le 18 janvier 2005 à ‘’Express info’’ de la télévision privée Tv2. Ce jour-là, ‘’cuisin钒 par le journaliste Guy Mario par ailleurs correspondant de RFI au Togo, au sujet de la crise ivoirienne, Guillaume Soro s’est livré à son exercice favori : le jeu des amalgames et de la manipulation. Pendant près de deux heures, le ministre d’Etat, ministre de la Communication du gouvernement Seydou Diarra a traité le Président Laurent Gbagbo de ‘’roublard qui ne tient jamais parole’’ et qui a construit sa carrière politique ‘’en trahissant’’ tous ses compagnons. Grand manipulateur, Soro a attribué l’échec des négociations de Lomé à Gbagbo : « C’est Gbagbo qui a torpillé la médiation du Président Eyadéma parce qu’il n’a jamais aimé ce compagnon de Félix-Houphouet-Boigny ». Du président sud-africain, l’invité de Guy Mario a soutenu fermement que « c’est un anti-français ». Puis de poursuivre : « Mais ce que l’on lui demande, c’est de régler un conflit en se démarquant de son sentiment anti-français ». Généreux en paroles, Soro a eu également des mots pour Mamadou Koulibaly et Charles Blé Goudé. Avec sa morgue habituelle, il a traité le n°2 ivoirien de ‘’petit homme’’ pendant que le ‘’général’’ des jeunes patriotes était vu comme ‘’un chef milicien qui tue, viole et casse à Abidjan’’, avant de déclarer: « Je ne joue pas dans la même catégorie que cet homme ». Ainsi va la vie à Lomé où les rebelles ivoiriens sont pratiquement en territoire conquis. Les Ivoiriens sont avertis.

Pierre Lemauvais et Yves De Séry
Envoyés spéciaux à Lomé

(Les Echos du Matin (Abidjan))
Par Christian Bailly-Grandvaux
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