Vendredi 1 juin 2007
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L’éclatement de la fédération de l’Afrique occidentale française à la faveur de la loi cadre du 23 juin 1956 à laissé à nos pères et à nos aînés le souvenir amer de l’amertume d’une balkanisation du continent africain et surtout l’échec d’une tentative africaine de regroupement qui aurait pu nous conduire avec plus de force vers l’indépendance réelle de notre continent.
Ainsi donc du 16 juin 1895 au 23 juin 1956, la fédération l’Afrique occidentale française a vécu sans préparer les peuples à affronter la difficile épreuve de l’indépendance. Il est bon ici de retourner en arrière pour comprendre l’esprit et le but de la création de cette fédération.
En procédant à cette vaste unification ouest africaine, le colonisateur français entendait rassembler les meilleurs conditions pour étendre et consolider son implantation dans la région, et exploiter celle-ci à son profit : il ne demandait aux enfants du pays que d’être des « bons africains » et de contribuer à la réalisation de cet objectif.
Aussi , lorsqu’il allait constater, à la veille des indépendances, que la fédération risquait de tomber aux mains des africains, ne ferait-il ( pour le moins) rien pour en empêcher l’éclatement : sa balkanisation ( tout comme celle de l’AEF) servirait mieux désormais les intérêts de
la France
.
Aujourd’hui encore il est mieux pour
la France
d’avoir à la tête de nos pays des Sassou Nguesso, des Idriss Deby, des paul Bya, des Compaoré, Bozizé, Faure Gnassingbé et autres El Hadj Omar Albert Bernard Bongo Odimba, que des dirigeants nationalistes attachés à l’indépendance réelle de nos pays.
Dans un contexte international où sont préconisées des intégrations régionales, l’Afrique est aujourd’hui encore habitée par ses vieux rêves d’unité et d’intégration que la création de nombreuses structures à l’échelle continentale, régionale, ou sous régionale n’a pu satisfaire.
Il ne s’agit pas ici pour le chercheur que nous sommes de réanimer les vieilles rancoeurs à propos d’un passé colonial désormais révolu, les manifestations anti-françaises d’Abidjan en novembre 2004 nous montrent clairement que cette période de soumission à plat ventre au colonialisme français est terminée.
Nous devons plutôt tirer les leçons de nos incohérences et des erreurs d’hier qui refont surface aujourd’hui pour empoisonner l’avenir commun, car sans y prendre garde nous avons laissé pousser les même plantes vénéneuses qui nous ont conduit à la balkanisation de l’Afrique.
En y réfléchissant,
la BECAO
est ce qui reste du vestige colonial, c’est la banque centrale et l’institut d’émission commun des huit pays membres de l’union monétaire ouest africaine ( UMOA).
Selon un accord entre les membres le siège est fixé à Dakar au Sénégal et le poste de gouverneur revient à
la Côte
d’Ivoire, le pays qui détient plus de la moitié des réserves monétaires de la banque centrale.
C’est la mise en cause par le président sénégalais Abdoulaye Wade, du poste de gouverneur dévolu à
la Côte
d’Ivoire qui pose aujourd’hui problème, le Sénégal soutenu par le Niger et d’autres pays membres souhaitent que l’occupation de ce poste soit de façon tournante, les ivoiriens répliquent en disant que c’est celui qui a plus d’argent dans la banque, qui doit la diriger.
Nous sommes devant une question éminemment sensible qui peut conduire à terme à la mort de
la BCEAO
, car la position ivoirienne ne manque pas de bon sens. Ils disent que : <<
la Banque
mondiale est diriger par un américain depuis sa création car les USA représentent l’actionnaire majoritaire, nous sommes dans le même cas de figure >>.
Le président ivoirien complètement en phase avec les ivoiriens y compris les rebelle, enfonce le clou en disant clairement <<c’est celui qui a le plus d’argent dans la banque commune qui doit la diriger, je ne négocie rien, s’ils ne veulent pas, je quitte
la BCEAO
et je fait ma propre monnaie. Je reculerais pas sur cette question et je ne négocie rien >>.
Chers compatriotes africains, nous sommes dans une situations critique et même grave, que deviendra le Franc CFA si
la Côte
d’Ivoire quittait demain
la BCEAO
? est ce que les économies fragiles et fragilisées de cette sous régions pourront survivre à une absence si grande de réserve pour consolider la convertibilité du CFA et sa force sur le marché financier ? quel viabilité aura donc ce franc CFA amputé des réserves de
la Côte
d’Ivoire ? car les statuts de la banque que nous avons examiné sont formels, en cas de séparation, chacun récupère ses avoirs.
Sur les 3500 milliards de francs Cfa de réserve les ivoiriens détiennent 1900 milliards c'est-à-dire plus de la moitié. Dans quel entreprise au monde peut-on envisager une présidence tournante devant un actionnaire ayant plus de 60% des avoirs ?
Les ivoiriens disent que les Sénégalais poussés par
la France
cherche à affaiblir leur pays au sein de la banque. Mais dans quel but ? en vérité les ivoiriens n’ont jamais caché leur dégoût pour le compte opération que
la BCEAO
détient à la banque de France et au trésor français.
Ce compte oblige les pays membres de
la BCEAO
à y déposer la moitié de leur avoirs en devise. Les ivoiriens qui ont été profondément meurtris par la tuerie sanglante de leurs compatriotes en novembre 2004 devant l’hôtel ivoire par une l’armée française venue chez eux pour soit disant soutenir la paix, ne veulent plus de la tutelle monétaire française.
Les ivoiriens n’ont jamais caché leur opposition à la manière et à la façon cavalière dont ce compte opération est géré par
la France
de 1960 à nos jours, sans rendre compte aux pays membres de
la BCEAO.
ils n’apprécient pas surtout la présence des français au conseil d’administration de
la BCEAO
où les décisions sont prises à l’unanimité et non selon les avoirs de chacun. Et puis si
la France
n’est plus membre de la zone franc, que font ces représentant à
la BCEAO
?
Les ivoiriens soupçonneux pensent que
la France
place les devises des pays africains en banque et utilise les intérêts pour éponger son propre déficit budgétaire.
Si tel est le cas il s’agit ici d’un vol et d’une mauvaise foi qui conduit nos malheureux pays à des restrictions budgétaires inacceptables. Quel est le pays européen qui accepterais aujourd’hui de fonctionner amputé de la moitié de ses recettes d’exportation? Pourquoi les africains doivent-ils accepter ce qu’un chien n’accepterait pas aujourd’hui ?
En plus quand une institution internationale ou un pays comme
la Chine
ou le Japon accordent un prêt à un pays membre de
la BCEAO
, cet argent doit transiter sur ce compte opération qui fait de nos pays des pourvoyeurs de devises du trésor français. C’est inacceptable.
Il faut franchement en finir avec cette vassalisation et détaché nos pays de la remorque française. Attention, Il ne s’agit pas ici d’être pour ou contre
la France.
La
dignité et la souveraineté des Etats ne peuvent s’accommoder de pratiques qui font de nos pays des mineurs devant un tuteur, c’est une position de principe, elle est non négociable.
Aucun des autres pays membres ne veut aborder courageusement ces questions de simple bon sens qui conditionnent l’avenir de la banque centrale. Nous somme devant le fameux complexe du colonisé dont parlaient Albert Memmi et notre frère Frantz Fanon, ce médecin psychiatre, antillais qui en soignant les fous, voulait aussi sauver les hommes.
Quand un peuple n’a d’autres ressources que de choisir son genre de mort, quand il n’a reçu de ses oppresseurs qu’un seul cadeau, le désespoir, qu’est ce qui lui reste à perdre ? c’est son malheur qui deviendra son courage. les ivoiriens disent aujourd’hui avec un sans gêne qui fait frémir qu’ils ne veulent pas être la vache à lait de
la BCEAO.
Nous voulons rappeler ici que dans le combat mené par nos pères contre la balkanisation de l’Afrique, Cette expression avait déjà été utilisé par Félix Houphouet-Boigny, le premier président de
la Côte
d’Ivoire, le 04 décembre 1958 << jamais
la Côte
d’Ivoire n’acceptera d’entrer dans une quelconque fédération. Nous ne voulons pas être la vache à lait de l’Afrique de l’ouest. >> .nous signalons que la contribution de la côte d’ivoire, représentait 50 % du budget de l’AOF,
Depuis lors toutes les tentatives de regroupements fédérales ont avortés sur le continent africain. De la fédération du Mali à
la Sénégambie
en passant par
la République
fédérale du Cameroun, ne parlons même pas de la géante fédération du Nigeria au pied d’argile qui arrive à peine à tenir debout malgré ses béquilles.
En définitive il ne nous reste que la voie difficile et malaisée des organisations régionales et sous-régionales qui s’assigneraient pour objectif l’intégration économique, puis à terme l’intégration politique.
Il faut malheureusement constater que les dirigeants politiques de l’Afrique occidentale semblent plus attirés par la coopération, qui préservent les souverainetés, que par l’intégration qui implique que les Etats soient décidés à abandonner à une organisation supranationale un pouvoir de décision dans un certains nombres de domaines.
En outre nous constatons que même une politique de coopération qui pourrait être un pas vers l’intégration, se heurte à de nombreuses difficultés. C’est cela qui nous fait dire ici que l’accent mis sur la supranationalité par les Etats membres de
la CEDEAO
à l’occasion de l’acte de révision de la fondation de la communauté en 1993. comme moyen de renforcer son rôle est pour nous douteux.
L’échec de la communauté économique de l’Afrique orientale ( Kenya, Ouganda, Tanzanie) est encore présent dans nos esprits pour nous rappeler qu’il ne suffit pas d’adopter des règles de droit, aussi perfectionnées et aussi contraignantes soient-elles pour garantir que la pratique sera nécessairement conforme au droit.
Dans cette voie, le juriste qu’est le président sénégalais Abdoulaye Wade, doit demeurer modeste, pour que la communauté et surtout
la BCEAO
atteignent leurs objectifs. Cela exige une combinaison effective du droit, du pouvoir, du politique et de l’économique. C’est une synthèse à vrais dire difficile à réaliser. Mais nous préférons cette difficulté surmontable que la mort de
la BCEAO.
Les sénégalais à ce jour semble ne pas avoir tiré les leçons de l’éclatement de l’AOF et de la fédération du Mali.
Que reprochaient les autres africains aux dirigeants politiques sénégalais ? la colonie du Sénégal avait pour capitale la ville de Saint Louis, de 1902 à 1957. en transférant sa capitale à Dakar en 1957 le Sénégal s’est approprié les infrastructures de la fédération d’AOF. C’est ce qui a fait que d’autres pays ont refusés de se joindre à la fédération éphémère du Mali. Ils craignaient une colonisation sénégalaise. Est-ce vrais ?
Dans la crise qui a provoqué l’éclatement de la fédération du Mali, le Sénégal fut d’ailleurs le premier à proclamer son indépendance, laissant le soudan français porter aujourd’hui encore le nom de ce veille empire qui fut un des meilleurs exemples d’Etat décentralisé de l’Afrique de nos pères, le Mali.
Les ivoiriens reprochent aujourd’hui au Sénégal et à son président de rouler pour
la France
, de vouloir assumer la direction de
la BCEAO
alors que ce pays abrite déjà le siège de
la Banque
centrale. Vouloir instaurer une présidence tournante, c’est oublier les intérêts de celui qui a plus d’argent dans la banque. Comme nous le constatons les positions sont inconciliables et la rupture semble se dessiner à l’horizon.
Dans les sciences stratégiques, on enseigne aux étudiants en première année de ne jamais déclencher une épreuve de force sans être certains de remporter l’issue finale. Les ivoiriens étudient en ce moment la possibilité de quitter
la BCEAO
et de battre leur propre monnaie, les études de faisabilité sont déjà sur la table du président de l’assemblée nationale ivoirienne le Pr Mamadou Koulibaly, fervent partisan de la sortie de son pays de cette banque centrale inféodée à
la France.
Les ivoiriens sont persuadés qu’une monnaie téléguidée de l’étranger n’a jamais fait le développement d’un pays dans l’histoire du monde. Tous les pays qui ont réussi à sortir du sous-développement l’ont fait grâce à une monnaie émise par leur propre banque centrale.
Du Japon à
la Chine
, du Canada à Taiwan, de l’Inde aux USA, de
la Grande
Bretagne
à
la Norvège
etc.. ils disent par ailleurs que toutes les anciennes colonie anglaises ont leur monnaie. De
la Gambie
à
la Sierra Leone
du Ghana, au Nigeria, du Kenya à
la Tanzanie
en passant par l’Ouganda. Alors pourquoi s’encombrer d’une monnaie pilotée de l’étranger par une France profiteuse, vampire et indigne ?
Sortir de la colonisation monétaire française est le but avoué des ivoiriens. En adoptant une position intransigeante sur une question aussi sensible.
Le Sénégal et son président ont donné du grain à moudre au moulin des jusqu’auboutistes ivoiriens qui veulent constituer avec le Ghana voisin une monnaie forte à laquelle se joindraient sans doute les Togolais et Béninois qui comprendront très vite où se trouvent leurs intérêts.
Dans cette hypothèse qui est très plausible, que deviendront les pays comme le Niger, le Burkina Faso ou le Mali qui ont soutenu le Sénégal dans cette croisade pour un gouvernorat tournant qui en fin de compte sera contre productif et affaiblira encore plus cette sous région qui arrive à peine à relever la tête des soutes de son histoire récente ?
Qui est faite de rebellions, de sécheresses, de déficits céréaliers, de mutineries de méningite, de paludisme et de sida, sans parler de pays où l’Etat a du mal à payer les salaires de la fonction publique. Que deviendront les belles promesses de l’UEMOA ? ( l’union économique et monétaire ouest africaine).
Nous voulons rappeler ici le cas de
la RAN
, la régie de chemin de fer Abidjan Niger. Des problèmes de gestion et de personnes entre les burkinabés et les ivoiriens ont entraînés la mort de
la RAN
et la création de deux sociétés
la SCFB
société de chemin de fer du Burkina Faso et la société ivoirienne de chemin de fer, SICF devenu depuis
la SITARAIL.
Dans
les fait le Burkina fut le principal perdant de cette opération car les ivoiriens grâce à leur réseaux routier n’étaient pas tributaires de
la RAN.
Aujourd’hui les trains circulent de moins en moins sur cette ligne de chemin de fer Abidjan Ouagadougou. Pour le bonheur des transporteurs ivoiriens qui ont constitué une flotte de gros camions assurant pour leur profit une bonne partie du transport inter-Etat devenu florissant en cette période de récolte du coton au Mali et au Burkina Faso.
Ceux qui suivent aveuglement
la France
aujourd’hui ne doivent pas oublier que ce pays n’est plus une grande puissance, c’est une puissance moyenne dans les affaires du monde.
Si
la Côte
d’Ivoire, sous la pression de sa classe politique et de son opinion publique quittait demain
la BCEAO
,
la France
sera incapable avec ses 1500 milliards d’Euro de dette publique qu’elle a de trouver les 1900 milliards de Francs CFA pour permettre à
la BCEAO
de survivre.
Il est donc temps pour nos peuples et nos dirigeants politiques de la sous région ouest africaine de comprendre la nécessité d’atteindre des objectifs communautaires et surtout de savoir raison garder afin de nous éviter les querelles de leadership, les intérêts personnels, particuliers donc égoïstes mesquins, partiels et parcellaires, qui ont si souvent affaiblis nos peuples et empêché la construction d’une nation africaine digne de ce nom.
Cette situation générale de notre continent ressemble curieusement à l’état de Byzance à la fin du mois de mai 1453, les armées ottomans de Mehmet Fathi Sultan, dont le but avoué était la destruction de la chrétienté byzantine , se trouvèrent sous les murs de Constantinople, les théologiens partisans de Gustiniani et ceux qui défendaient les théories de Notaras continuaient à s’épuiser dans des discutions stériles.
Sur les murs ébréchés, l’empereur Constantin XI fit porter des icônes afin de faire reculer par magie les forces de l’antéchrist. Les africains aujourd’hui sont dans le même cas de figure. Alors que le continent est assiégé par toutes les maladies de la terre, alors que la famines fait rage et que même l’eau nous fait défaut, les dirigeants politiques s’épuisent à ne plus en finir dans les mots et autres discours mesquins qui nous font perdre notre temps dans notre marche commune vers la réalité.
Victor Hugo, écrivait : << le mot tient le globe sous ses pieds. Et l’asservit>> nos gouvernants africains semblent partager cet avis qui est une grossière erreur !
Merci de votre aimable attention.
Chercheur en communication
Directeur du centre africains d’études Stratégiques
Par Bailly-Grandvaux
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Publié dans : Francafrique
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