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Lundi 8 janvier 2007
Article paru sur Afrikara.com
26/12/2006

Il fait peu de doutes que, à dessein, les politiques promues en Afrique et imposées par la Banque mondiale et le FMI d’une part ne le sont pas dans l’intérêt des Africains, d’autres part contribuent à la paupérisation volontaire du continent. Des privatisations sans secteur privé local suffisamment solide pour racheter des actifs publics dans les modalités qui ont été appliquées n’ont été que des moyens de dépossession des Africains de leurs ressources stratégiques collectives. La libéralisation sans droit de la concurrence ni protection des consommateurs mène au contraire des promesses libérales, une augmentation du coût de la vie, des services de bases par ailleurs rationnés, eau, électricité, énergie, télécommunications, offrant aux multinationales et aux classes courtières des immenses profits prédateurs. Les politiques dites d’ajustements fabriquent un endettement factice, inique et odieux, paraphé par des exécutifs africains issus d’élections que chacun sait truquées à l’avance, mais qui donnent un semblant de légalité à la dépossession des Africains. Par les flux financiers de «remboursement», par la promotion d’importations de produits impropres à la consommation ou à prix anticoncurrentiels, par les subventions euro-américaines qui laminent la cotonculture sahélienne, par la pompe aspirante des paradis fiscaux qui écrèment les marchés financiers du monde et attirent les fortunes acquises contre la misère de peuples entiers, la Banque mondiale et le Fmi, pris comme éléments clés d’un système de confiscation du monde, devraient mériter, urgemment une traduction de leurs crimes économiques en justice. Guerres, instabilités politiques, prostitutions et prolifération du Sida ont explosé en raison directe des effets des politiques FMI-Banque mondiale, il n’est pas possible que cette criminalité en col blanc reste impunie et donne … des leçons de transparence !

 

Dans cette veine Afrikara donne la parole au Comité d’Annulation de la Dette du Tiers-Monde qui milite de longues dates pour la fin de l’endettement prédateur et pour un ordre économique mondial plus juste.

 

 

 

Mettre fin à l’impunité de la Banque Mondiale , par Éric Toussaint

 

 

Est-il possible de traduire la Banque mondiale en justice ?

 

Contrairement à une idée répandue, la Banque mondiale ne bénéficie pas en tant qu’institution, en tant que personne morale, d’une immunité. La section 3 de l’article VII de sa charte (articles of agreement) prévoit explicitement que la Banque peut être traduite en justice sous certaines conditions. La Banque peut être jugée notamment devant une instance de justice nationale dans les pays où elle dispose d’une représentation et/ou dans un pays où elle a émis des titres [1].
Cette possibilité de poursuivre la Banque en justice a été prévue dès la fondation de la Banque en 1944 et cela n’a pas été modifié jusqu’à présent pour la simple et bonne raison que la Banque finance les prêts qu’elle accorde à ses membres (pays-membres) en recourant à des emprunts (via l’émission de titres -bonds-) sur les marchés financiers. A l’origine, ces titres étaient acquis par des grandes banques privées principalement nord-américaines. Maintenant, d’autres institutions, y compris des fonds de pension et des syndicats, en font aussi l’acquisition.

 

Les pays qui ont fondé la Banque mondiale ont considéré qu’ils n’arriveraient pas à vendre des titres de la Banque s’ils ne garantissaient pas aux acheteurs qu’ils pourraient se retourner contre elle en cas de faut de paiement. C’est pour cela qu’il y a une différence fondamentale entre le statut de la Banque et celui du FMI du point de vue de l’immunité. La Banque n’en bénéficie pas car elle recourt aux services des banquiers et des marchés financiers en général. Aucun banquier ne ferait crédit à la Banque mondiale si elle bénéficiait de l’immunité. Par contre, le FMI peut disposer de l’immunité car il finance lui-même ses prêts à partir des quotes-parts versées par ses membres. Si l’immunité n’est pas accordée à la Banque mondiale, ce n’est pas pour des raisons humanitaires, c’est pour offrir des garanties aux bailleurs de fonds.

 

Il est donc parfaitement possible de porter plainte contre la Banque dans les nombreux pays (près de 100) où elle dispose de bureaux. C’est possible à Djakarta ou à Dili, capitale du Timor oriental, tout comme à Kinshasa, à Bruxelles, à Moscou ou à Washington car la Banque dispose d’une représentation dans ces pays et dans bien d’autres.

 

Une précision importante : aucune institution, aucun sujet de droit international et aucun individu ne bénéficie d’immunité s’il est impliqué dans des crimes contre l’humanité. En plus, dans ce cas, il n’y a pas de prescription. Au motif de crimes contre l’humanité, le FMI, la Banque mondiale sont justiciables.

 

 

Pourquoi porter plainte ?

 

Depuis que la Banque mondiale octroie des prêts [2], une très grande quantité d’entre eux a servi à mener des politiques qui ont porté préjudice à des centaines de millions de citoyens. Qu’entend-t-on par là ? La Banque a systématiquement privilégié les prêts pour de grandes infrastructures telles les grands barrages [3], les investissements dans les industries extractives de matières premières (par exemple, les mines à ciel ouvert, la construction de nombreux pipe-lines - derniers en date : Tchad-Cameroun et Bakou-Tbilissi-Ceyhan [4]), des politiques agricoles favorisant le « tout à l’exportation » au prix de l’abandon de la sécurité et de la souveraineté alimentaires, la construction de centrales thermiques, grandes consommatrices de forêts tropicales.

 

Par ailleurs, la Banque mondiale est venue en aide en de très nombreuses occasions à des régimes dictatoriaux, responsables avérés de crimes contre l’humanité : les dictatures du Cône Sud de l’Amérique latine des années 60 aux années 80, de nombreuses dictatures en Afrique (Mobutu de 1965 à sa chute en 1997, le régime d’apartheid en Afrique du Sud), des régimes de l’ancien bloc soviétique tels la dictature de Ceaucescu en Roumanie, les dictatures d’Asie du Sud-Est et d’Extrême-Orient telles celle de Marcos de 1972 à 1986 aux Philippines, de Suharto de 1965 à 1998 en Indonésie, des régimes dictatoriaux de Corée du Sud (1961-1981), de Thaïlande (1966-1988), jusqu’à la dictature chinoise aujourd’hui.

 

Complémentairement, la Banque a contribué avec d’autres acteurs à déstabiliser systématiquement des gouvernements progressistes et démocratiques en leur supprimant toute aide : le gouvernement de Soekarno en Indonésie jusqu’à son renversement en 1965, le gouvernement de Jocelino Kubitchek (1956-1960) puis celui de Joao Goulart (1961-1964) au Brésil finalement renversé par un coup d’état militaire, le gouvernement de Salvador Allende (1970-1973) au Chili...

 

N’oublions pas les prêts que la Banque a octroyés aux métropoles coloniales (Belgique, Grande-Bretagne, France,...) pour l’exploitation des ressources naturelles des pays qu’elles dominaient jusqu’aux années 1960 et qui se sont ajoutés ensuite à la dette extérieure des États dès leur indépendance. Par exemple, la fin des remboursements de la dette contractée par la Belgique au nom du Congo belge a dû être assumée par le Congo indépendant. Il en va de même pour le Kenya, l’Ouganda, le Nigeria, le Gabon, la Mauritanie , l’Algérie, la Somalie pour des dettes contractées par les gouvernants des puissances coloniales.

 

Il faut encore mentionner les prêts d’ajustement structurel octroyés par la Banque depuis les années 1980. Ces prêts ne sont pas destinés à des projets économiques précis : ils visent à permettre la réalisation des politiques globales dont la finalité est l’ouverture totale des économies des pays « bénéficiaires » aux investissements et aux importations en provenance principalement des principaux actionnaires de la Banque. La Banque soutient ainsi une politique de dénationalisation des pays assistés au bénéfice des intérêts d‘une partie de ses membres, une poignée de puissances industrielles dont les choix s’imposent à la majorité des habitants et des pays de la planète. Le caractère nocif, tant des remèdes structurels que des remèdes de choc, a été démontré dans les multiples crises qui se sont succédées à partir de la crise « tequila » qui a frappé le Mexique en 1994. Les nouvelles priorités de la Banque telles la privatisation de l’eau, de la terre, combinées à son refus récent de mettre en application les recommandations de la commission indépendante des industries extractives, montrent clairement que l’orientation de la Banque ne s’améliore pas et que de nouvelles catastrophes sociales sont en cours et en préparation. Bref, de puissants tsunamis provoqués par l’intervention cataclysmique de la Banque mondiale !

 

 

Qui peut porter plainte ?

 

On peut imaginer que des associations représentant les intérêts des personnes affectées par les prêts de la Banque mondiale et/ou par le soutien de celle-ci à des régimes dictatoriaux se constituent partie civile et portent plainte devant des tribunaux nationaux contre la Banque. On peut imaginer aussi que des détenteurs de titres de la Banque - il n’y a pas que des banquiers, il y a aussi des syndicats - portent plainte contre celle-ci pour l’usage qu’elle fait de l’argent qu’ils lui ont prêté. Le résultat positif des poursuites n’est pas garanti mais on ne voit pas pourquoi des associations de citoyens n’utiliseraient pas leur droit pour obtenir que la Banque rende compte de ses actes. Il est inconcevable que le caractère néfaste d’une institution comme la Banque ne soit pas un jour sanctionné par des décisions de justice.

 

 

Pourquoi de telles procédures n’ont elles encore jamais été entamées ?

 

La disposition de la charte de la Banque mondiale (article VII section 8) qui octroie l’immunité aux dirigeants et aux fonctionnaires dans l’exercice de leur fonction a occulté la possibilité de porté plainte contre la Banque en tant que personne morale (article VII section 3, voir note 1 du présent texte). Or, il est plus important de pouvoir exiger des comptes de la Banque en tant qu’institution que de s’en prendre uniquement à des exécutants. On peut également ajouter que selon la même disposition (article VII section 8), la Banque peut de son propre chef lever l’immunité dont bénéficient ses dirigeants et ses fonctionnaires. On peut également imaginer porter plainte contre des hauts dirigeants de la banque une fois qu’ils ont quitté leur fonction.

 

Un autre élément pour expliquer l’absence de poursuites à l’égard de la Banque réside dans le fait qu’on a mis beaucoup trop de temps à se rendre compte du caractère systématique et généralisé des pratiques répréhensibles de la Banque. Souvent , elle n’apparaît pas au tout premier plan car ce sont les gouvernements nationaux qui assument aux yeux de leurs citoyens les politiques exigées par la Banque mondiale.

 

 

La Convention des Nations unies de 1947 n’accorde-t-elle pas l’entière immunité aux agences spécialisées de l’ONU dont la Banque mondiale fait partie ?

 

Une convention sur les privilèges et immunités des institutions spécialisées des nations unies [5] a été approuvée par l’Assemblée générale le 21 novembre 1947. L’article 10 de la Convention , section 37, qui concerne les annexes et l’application de la Convention à chaque institution spécialisée, précise que la Convention « deviendra applicable à une institution spécialisée lorsque celle-ci aura transmis au secrétaire général des Nations unies le texte final de l’annexe qui la concerne et lui aura notifié son acceptation des clauses standard modifiées par l’annexe...  ». La Banque a renvoyé sa copie.
L’annexe VI concerne la Banque internationale pour la reconstruction et le développement ( la Banque mondiale donc). Et que voit-on ? La Banque a en fait introduit à cet endroit la partie de ses statuts qui précise dans quelles circonstances elle perd son immunité ! La Banque préfère donc au sein des Nations unies rester en concordance avec son statut de Banque plutôt que de profiter de l’immunité des agences onusiennes. Voici le texte en question : « La convention (y compris la présente Annexe) s’appliquera à la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (ci-après désignée sous le nom de «  la Banque  »), sous réserve des dispositions suivantes : 1. Le texte suivant remplacera celui de la section 4 : «  La Banque ne peut être poursuivie que devant un tribunal ayant juridiction sur les territoires d’un Etat membre où la Banque possède une succursale, où elle a nommé un agent en vue d’accepter des sommations ou avis de sommations, ou bien où elle a émis ou garanti des valeurs mobilières. » Etc.

 

Il est donc possible de traduire la Banque mondiale en justice en vertu de la Convention des Nations unies de 1947 et de ses annexes.

 

 

 

 

 

Notes:

 

[1] Section 3 de l’article VII : «  La Banque ne peut être poursuivie que devant un tribunal ayant juridiction d’un état membre où elle possède un bureau, a désigné un agent chargé de recevoir les significations ou notification de sommations ou a émis ou garanti des titres ». ”Actions may be brought against the Bank only in a court of competent juridiction in the territories of a member in which the Bank has an office, has appointed an agent for the purpose of accepting service or notice of process, or has issued or guaranteed securities.”

 

[2] Le premier prêt remonte à 1947.

 

[3] Selon, le rapport de la Commission sur les grands barrages, 60 à 80 millions de personnes ont été déplacées suite à la construction des grands barrages. Dans un grand nombre de cas, les droits de ces personnes en termes d’indemnisation et de réinstallation n’ont pas été respectés.

 

[4] Selon le rapport de la Commission sur les industries extractives rendu public en décembre 2003, une grande partie des projets financés par la Banque mondiale ont eu des effets négatifs pour les populations et les pays concernés.

 

[5] Dans l’Article 1er de la Convention intitulé « Définitions et champ d’application », Section 1, les institutions spécialisées qui sont nommément citées sont les suivantes : l’Organisation internationale du travail ; l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture ; l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture ; l’Organisation de l’aviation civile internationale ; le Fonds monétaire international ; la Banque internationale pour la reconstruction et la mise en valeur ; l’Organisation mondiale de la santé ; l’Union postale universelle ; l’Union internationale des télécommunications.

 

Par Afrikara.com - Publié dans : L'O.N.U.
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Dimanche 24 décembre 2006

Bonjour,

Au gré de mes pérégrinations sur le Net, j'ai mis la main sur un article datant de juillet 2006 qui s'adresse à KOFI ANNAN.

Comme ce dernier est assez long, je vous livre ici le lien vers le site qui l'héberge.

Bien cordialement
Christian Bailly-Grandvaux
MEDDA








Lettre ouverte à Monsieur KOFI ANNAN, Secrétaire Général de l’ONU, au sujet de sa gestion hasardeuse de la crise ivoirienne.

samedi 1er juillet 2006, par Georges Torcheveau


Par Georges Torcheveau - Publié dans : L'O.N.U.
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Jeudi 21 décembre 2006

 

Article paru le  jeudi 21 décembre 2006 - Par Le Courrier d'Abidjan

M.
© Le Patriote
M. Pascal Affi N’Guessan, Président du Front Populaire Ivoirien
Contribution – Invité à participer à l’échange organisé par le Parti Communiste Français (PCF), le 30 novembre 2006 en Hexagone, sur le thème : «Quelle politique de la France en Afrique ?», le Front Populaire ivoirien a dénoncé l’exploitation des Etats africains par l’ex-puissance colonisatrice. Ci-dessous, la contribution du FPI à ces assises du PCF ; contribution présentée par son Secrétaire national chargé des Relations Extérieures et de la Politique Etrangère, le Dr. Assoa Adou.

Le Front Populaire Ivoirien (FPI), de Côte d’Ivoire, voudrait, avant toute chose, remercier le Parti Communiste Français (PCF) d’avoir bien voulu l’associer à cet échange sur «Quelle politique de la France en Afrique ?»
Le FPI remercie le PCF d’autant plus que le FPI confesse que, pour débattre de cette question interne à la France, nul besoin n’était d’inviter des Africains et notamment des partis politiques africains, puisque, seule la France peut et doit définir sa politique en Afrique. Le FPI n’oublie pas, cependant, que la France a entretenu des relations particulières avec l’Afrique.
- L’Afrique a vécu la douloureuse période de l’esclavage et la France a participé à ce commerce.
- L’Afrique a connu la colonisation et la France était encore présente dans cette douloureuse histoire de l’Afrique.
- L’Afrique n’oublie pas que beaucoup de ses fils sont morts pour la libération de la France pendant les deux guerres mondiales.
- L’Afrique a lutté pour son indépendance et le FPI n’oublie pas que des Français étaient aux côtés des leaders africains. Le FPI voudrait rappeler et saluer à sa juste valeur la contribution inestimable du Parti Communiste Français et de ses dirigeants d’alors (Raymond Barbé notamment), à la naissance du Rassemblement Démocratique Africain (RDA), à Bamako, au Mali, en octobre 1946. Le FPI n’oublie pas non plus que c’est apparenté au PCF que le RDA, dirigé par le président Houphouët-Boigny, a fait ses premiers pas de lutte pour l’émancipation des peuples africains, à l’Assemblée nationale française.
Par son invitation à des Africains pour échanger sur «Quelle politique de la France en Afrique ?», le parti Communiste Français est donc fidèle à sa ligne politique d’émancipation des peuples africains. Le Front Populaire Ivoirien voudrait l’en remercier et l’en féliciter, comme il le remercie pour toutes ses prises de positions, dans la situation de crise que vit la Côte d’Ivoire, en faveur de la légalité républicaine incarnée par le pouvoir actuel.
Sur le thème «Quelle politique de la France en Afrique?», Le FPI voudrait articuler sa contribution sur le cas spécifique de la Côte d’Ivoire, pays qui vit une situation de guerre depuis le 19 septembre 2002, et cela en trois points :

1) La politique actuelle de la France;
2) La crise ivoirienne et la France;
3) Les propositions du FPI.

1) La politique actuelle de la France en Côte d’Ivoire

Après la période de l’esclavage et l’âge de la colonisation, la Côte d’Ivoire, ancien territoire français, a accédé à la souveraineté nationale et internationale le 07 août 1960. Yves Guéna, dernier gouverneur (Haut-commissaire) de la Côte d’Ivoire, indique, dans son ouvrage «Le temps des certitudes : 1940-1969» (1982, Flammarion), le cadre de l’indépendance des pays africains dont la Côte d’ivoire. En effet, l’auteur écrit, à la page 90 de son ouvrage-témoignage : «… les relations entre la France et nos anciennes possessions avaient pour l’essentiel une trame sentimentale qui conserva sa solidité malgré les changements formels dans nos rapports». Et l’auteur précise, à la même page : «La Communauté, c’était le lien direct, auquel veillait Jacques Foccart, entre de Gaulle et les Houphouët-Boigny, Senghor, Tsiranana, etc. C’est grâce à ce contact permanent que, lors de l’accession, si rapide, de tous ces Etats à l’indépendance, s’ils gagnèrent leur souveraineté, ils ne cessèrent cependant d’accepter la suzeraineté du Général». L’acceptation de cette suzeraineté du général de Gaulle et de la France s’est matérialisée à travers des accords. C’est ainsi que le 24 avril 1961, soit un peu plus de huit (8) mois après son accession à l’indépendance, la Côte d’Ivoire signe des accords de coopération avec la France, dont l’annexe II du chapitre IV dénommé accord de défense et de sécurité, signé en compagnie du Dahomey (actuel Bénin) et du Niger, stipule ce qui suit :

«Article 1er – Les matières premières et produits classés stratégiques comprennent :
- Première catégorie : les hydrocarbures liquides ou gazeux;
- Deuxième catégorie : l’uranium, le thorium, le lithium, le béryllium, leurs minerais et composés».
Et l’alinéa 2 de l’article 5 de cette annexe dispose «En ce qui concerne ces mêmes matières et produits, la République de Côte d’Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger, pour les besoins de la défense, réservent par priorité leur vente à la République française après satisfaction des besoins de leur consommation interne, et s’approvisionnent par priorité auprès d’elle».
Comme on le voit aisément, la Côte d’Ivoire, si elle a du pétrole, n’a pas le droit de le vendre, au plus offrant, sur le marché international sans l’accord de la France. De même, elle ne peut pas en acheter sur le marché international sans l’accord de la France. Il en va de même pour l’assistance militaire, comme l’indique l’alinéa 1 de l’article 3 du chapitre V dudit accord consacré à l’assistance technique militaire : «La République de Côte d’Ivoire en vue d’assurer la standardisation des armements, s’adressera en priorité à la République française pour l’entretien et le renouvellement des matériels et équipements de ses forces armées».
C’est dans le cadre de l’acceptation de cette suzeraineté du général de Gaulle et de la France que l’économie ivoirienne est la propriété de la France : le port d’Abidjan est une propriété d’une société française, le téléphone filaire est la propriété d’une société française, la distribution de l’eau potable en Côte d’ivoire est l’affaire d’une société française. Et si la production, la construction du réseau de distribution de l’énergie (courant électrique) et l’entretien des équipements restent l’affaire de la Côte d’Ivoire, la distribution et la commercialisation de l’énergie sont la propriété d’une société française. Tout, en Côte d’Ivoire, doit appartenir et appartient de fait à la France. Faut-il rappeler que le chapitre IX de ces accords de coopération, consacré à l’économie, aux finances et à la monnaie, stipule, en son article 15, qu’un compte dénommé ‘‘Côte d’Ivoire - droits de tirage’’ et logé au Trésor français, «est crédité notamment de la contre-valeur des règlements en devises correspondant aux exportations, ainsi que des dons et prêts en devises que la République de Côte d’Ivoire obtiendrait de pays extérieurs à la zone franc ou d’organismes internationaux», avant de préciser, en son article 36, que «Les relations entre le Trésor français et le Trésor ivoirien restent régies par un Accord spécial».
Voilà un bref résumé de la politique actuelle de la France en Afrique, notamment en Côte d’Ivoire. Ce résumé montre clairement que la politique de la France en Afrique, depuis la période de l’esclavage jusqu’à nos jours, loin d’être une politique d’aide au développement des Etats africains, loin d’être une politique d’appui à l’épanouissement des peuples africains, est une politique d’exploitation et de domination permanentes des pays africains, une politique d’asservissement des peuples africains, dont la ligne directrice est la grandeur de la France. Et aucun Etat africain des anciennes «possessions» françaises ne doit remettre en cause cette politique de domination et d’exploitation des peuples africains. S’il ose, il sera l’objet d’ostracisme et d’humiliation de la part de la France, comme ce fut le cas de la Guinée d’Ahmed Sékou Touré, en 1958. Et la France mettra tout en œuvre pour que cet Etat ne reçoive aucune aide de quelque pays que ce soit. C’est ce que confesse Yves Guéna dans son ouvrage déjà cité, lorsqu’il écrit, à la page 87 : «A ce moment-là, l’écharde dans la Communauté, c’était la Guinée qui avait voté non au référendum et notre souci, l’aide qu’elle recevait des pays étrangers, ce qui pouvait séduire les territoires fidèles» ; parce que la réussite de la Guinée d’Ahmed Sékou Touré aurait nui à la grandeur de la France.

2) La France et la crise ivoirienne

La politique d’exploitation et d’asservissement de la France en Côte d’Ivoire ne posait aucun problème tant que le peuple, dans son ensemble, ignorait son expression et tant que les dirigeants qui l’ont acceptée, secrètement, demeuraient au pouvoir grâce à l’appui de la France. Mais voici que, en octobre 2000, le peuple ivoirien, usant de son droit à l’autodétermination qu’a tout peuple (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme), fait parvenir au pouvoir d’Etat des intellectuels soucieux de l’émancipation de leur peuple, du développement de leur pays et donc d’une gestion saine des ressources de ce pays. Ces intellectuels, dont la tête de file est Laurent Gbagbo, actuel président du pays, veulent «gouverner autrement» en procédant à une «refondation» de l’Etat de Côte d’Ivoire, tant au plan intérieur qu’au plan extérieur.
Au plan intérieur, le FPI veut approfondir la démocratie en donnant le pouvoir au peuple (collectivités locales) par une décentralisation ; assurer à tous un bien être par une Assurance Maladie Universelle (AMU) et la scolarisation gratuite de tous les enfants ivoiriens en âge d’aller à l’école. Au plan extérieur, le FPI veut diversifier, dans l’intérêt du peuple ivoirien, les relations économiques de la Côte d’Ivoire, sans pour autant rompre les anciennes. Cette volonté de ‘‘gouverner autrement’’ et notamment la volonté de diversifier les relations économiques de la Côte d’Ivoire, qui procède d’une véritable révolution nationale démocratique et pacifique, est à l’origine de la guerre que vit le peuple ivoirien depuis plus de quatre longues et dures années. C’est pour cette raison que la France n’a pas voulu actionner, au début de la guerre, les accords de défense qui la lient à la Côte d’Ivoire en prétextant un conflit ivoiro-ivoirien, accords déclarés caduques de fait par la France elle-même, par la voix de sa ministre de la défense, Alliot-Marie. Et pourtant, dans ce conflit qualifié d’ivoiro-ivoirien, la France n’a pas voulu inviter, lors de la table ronde de Linas-Marcoussis, les dirigeants de l’Etat de Côte d’Ivoire agressé. Comment peut-on imaginer résoudre un conflit entre un Etat et «sa» rébellion en écartant des discussions l’Etat agressé ? La France a réussi ce coup de génie parce qu’elle ne veut pas des dirigeants ivoiriens qu’elle soupçonne d’indépendantistes, comme au bon vieux temps de la lutte des peuples africains pour leur indépendance. Cela explique pourquoi la France, prétextant la mort regrettable de soldats français à Bouaké, a tué, en novembre 2004, des manifestants ivoiriens aux mains nues dont le seul crime est la défense de leur pays. Cela explique pourquoi la France veut absolument installer, à la présidence de la République en Côte d’Ivoire, un homme lige qu’elle peut manipuler à sa guise. C’est également ce qui explique pourquoi la France, au regard de son projet de résolution 1721, veut absolument une Côte d’Ivoire sans Constitution, comme si la Constitution française devait encore avoir cours en Côte d’Ivoire, comme du temps de l’Empire français ou de la Communauté française, avec un statut particulier pour les indigènes que seraient toujours les Ivoiriens. C’est également ce qui explique pourquoi la politique de la France en Afrique s’applique selon le système de «deux poids, deux mesures». En effet, dans des anciennes «possessions» françaises d’Afrique (Burkina Faso, République centrafricaine, République du Congo, etc.), des candidats sont écartés de l’élection présidentielle sans que la France ne réagisse. Dans d’autres Etats africains, des Africains sont expulsés parce que non-nationaux de ces Etats, sans que ces Etats soient taxés de xénophobes. Et pourtant, c’est l’élimination de certains candidats qui est reprochée au président ivoirien qui n’est pas responsable de cette situation, puisque n’étant pas au pouvoir au moment des faits. Et le peuple ivoirien, qui accueille sur son territoire plus de 26% de sa population en termes de non-nationaux est taxé de xénophobe.
Mais, les dirigeants ivoiriens rejettent, ici et maintenant, la suzeraineté de la France et du président Chirac. Chirac n’est pas de Gaulle et Gbagbo n’est pas Houphouët-Boigny. Et le peuple français au nom duquel le président Chirac définit et applique sa politique de la France en Côte d’Ivoire, doit le savoir : la Côte d’Ivoire et le peuple ivoirien ne veulent plus de comportements paternalistes de la part des dirigeants français, et les Ivoiriens n’acceptent plus la suzeraineté de la France et n’adopteront plus, en conséquence, des comportements de sujétion. Alors, quelle politique de la France en Afrique en général et en Côte d’Ivoire en particulier ?

3) Les propositions du Front Populaire Ivoirien (FPI)

Pour le FPI, et cela a été dit plus haut, il appartient à la France et à la France seule de définir sa politique en Afrique. Toutefois, le Front Populaire Ivoirien voudrait affirmer haut et fort que tout peuple a droit à l’autodétermination, au respect et au bonheur. Et même si le général de Gaulle a appris à tous qu’un pays n’a pas d’amis, un pays n’a que des intérêts, le FPI voudrait dire que la France a le droit de choisir ses amis dans le respect de ses intérêts. Elle n’est point obligée d’aider un pays, et toute amitié peut être rompue si au moins une des parties n’y trouve plus ses intérêts, comme ce fut le cas de l’amitié franco-algérienne. Personne n’en voudra à la France de ne pas aider un pays comme la Côte d’Ivoire, car l’aide n’est pas obligée.
Mais, si le peuple français le veut, la France, ce pays qui se veut le pays des libertés des hommes et des femmes, de l’égalité des hommes et des peuples, et de la fraternité entre les peuples, peut accompagner, sur le chemin de leur émancipation, les peuples du monde en général et les peuples africains en particulier. Mais cela doit se faire sans coercition et dans le respect des peuples, suivant le principe de l’égalité entre les Etats et le principe d’avantages réciproques. Et cette politique de la France en Afrique, il appartient au peuple français de l’indiquer, de façon souveraine, à ses dirigeants. Toutefois, pour le FPI, les Français doivent comprendre que depuis 1960, la Côte d’Ivoire a privilégié sa coopération avec la France, mais le tête-à-tête de 46 ans n’a pas permis à la Côte d’Ivoire d’accéder au stade de pays industrialisé malgré ses énormes potentialités en ressources naturelles et en ressources humaines. Sans donc renier cette amitié historique franco-ivoirienne, le FPI estime que la Côte d’Ivoire doit diversifier ses partenaires internationaux, et la France n’a pas d’autres choix que de l’accepter. Par ailleurs, pour le FPI, la France doit soutenir les démocraties naissantes en Afrique, et laisser l’Afrique prendre son destin en main en renonçant à la vassalisation des Chefs d’Etat africains, pour résoudre le problème du sous-développement et mettre fin à ces spectacles odieux de candidats à l’immigration qui se noient en mer, ou chassés comme des bêtes de somme sur les barbelés des frontières hispano-marocaines et d’ailleurs.
C’est en ces termes que la France et le peuple français peuvent aider l’Afrique en général, la Côte d’Ivoire et le peuple ivoirien en particulier, à partir de la France elle-même, en influençant la politique des ses dirigeants, comme le peuple français a su le faire lors de l’assassinat du Chilien Allende. Les dirigeants du FPI se souviennent que le peuple français avait bloqué les ports français pour boycotter les produits du Chili de Pinochet. Quant au Parti Communiste Français, pour contribuer à la définition de cette politique de partenariat dans l’égalité avec le peuple de Côte d’Ivoire, il doit sensibiliser le peuple français, par l’organisation de conférences sur la crise ivoirienne, et des reportages sur cette crise, reportages qui pourraient être publiés dans des journaux français. C’est une piste à explorer si le PCF agrée l’analyse du FPI. Mais le PCF est souverain et le FPI ne lui donne son avis que parce que le PCF l’a sollicité, amicalement. Et le FPI salue à sa juste valeur cette marque d’amitié et de respect dont il est honoré.

Dr. Assoa Adou
Député à l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire
Secrétaire national chargé des Relations Extérieures et
de la Politique Etrangère du FPI
Par Dr. Assoa Adou - Publié dans : Francafrique
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Jeudi 21 décembre 2006

Bonjour à tous,

 

 

Je suis français, bien blanc de peau, et je milite depuis le début de la crise en Côte d’Ivoire pour que l’Afrique en général se soustrait des politiques néocolonialiste des occidentaux. Mon statut de français me permet d’interpeller mes propres représentants politiques sur des questions fondamentales de politiques étrangères et notamment sur le rôle de la France en Afrique. Pour cela, j’ai analysé le fonctionnement des institutions africaines dépendant de la zone Franc CFA ainsi que le mode de fonctionnement de cette monnaie si particulière. Avec l’aide de personnalités du monde économique et financier, nous avons établi un constat édifiant sur le franc CFA qui est un des piliers du néocolonialisme fonctionnant au vu et au sus du monde entier sans que beaucoup de personne s’émeuve de ses conséquences dramatiques ni de son rôle d’appauvrissement et d’asservissement de l’économie des pays qui l’utilisent. En tant que Français, il m’est difficile de me taire face à de telles inepties, dont les politiciens usent par la méconnaissance du public des mécanismes mis en œuvre. La France politicienne, si prompt à donner des leçons aux autres devrait commencer par balayer devant sa porte et mettre de l’ordre dans sa politique étrangère vis à vis de l’Afrique. Il m’est particulièrement intolérable que l’on puisse faire perdurer ce système de Franc CFA dont seules, les grandes entreprises françaises et maintenant européennes tirent de substantiels bénéfices au détriment des populations locales.

 

 

J’aimerais aussi battre en brèche un certains nombres d’idées reçues du genre ‘ce sont les contribuables français qui aident l’Afrique’, démystifier le rôle de nombreuses ONG qui soit disant font de l’humanitaire, expliquer ce qu’est la dette et d’où elle vient,  comment fonctionne le FMI et la Banque Mondiale , porter à la connaissance de tous, les vrais raisons de la pauvreté en Afrique ce qui éviterait les sorties hasardeuses comme celle de Monsieur Sevran et couperait l’herbe sous les pieds de l’extrême droite…

 

 

Tous ceci à destination des français et des européens qui ne soupçonnent pas qu’ils peuvent réellement peser dans le changement des relations Franco-africaines et abolir définitivement le néocolonialisme qui fait tant de victimes loin des caméras et des micros.

 

 

Le MEDDA (Mouvement Européen de Défense de la Démocratie en Afrique) dont je suis le Président, aimerait associer des français dans cette lutte, car ce ne sont pas les africains qu’il faut convaincre, mais bien ceux, qui dans le confort et la sécurité pensent que les africains sont les seuls responsables de ce qui leur arrive.

Nous pensons organiser pour cela une grande conférence sur Paris fin Janvier/début février sur les causes de la pauvreté en Afrique en invitant des personnalités du monde politique.

Toute les bonnes volontés et les idées sont les bienvenues. Bien entendu, nous sommes aussi preneur de participer à des manifestations dans ce sens élaborées par d’autres organisations.

 

 

L’Afrique est riche, les africains sont pauvres, chercher l’erreur.

 

 

Vous remerciant d’avoir pris le temps de lire ce message, je tiens à souhaiter à tous ceux qui sont sensibles aux causes de l’Afrique, de bonnes fêtes de fins d’années.

 

 

Bien cordialement
Christian Bailly-Grandvaux
http://medda.over-blog.com/

 

Par Bailly-Grandvaux - Publié dans : Les messages du MEDDA
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Mercredi 20 décembre 2006

Centrafrique, Tchad, Côte d’Ivoire : Guerres françafricaines, protectorat et schizophrénies politiques 

Article paru sur Afrikara.com
16/12/2006

Depuis la période coloniale, malgré le savant habillage de mots creux et la phraséologie verbeuse si ce n’est haineusement coloniale des éditorialistes comme Stephen Smith, la France , la Françafrique est présente militairement en Afrique dite francophone pour y faire régner sa loi. Rien de moins, et les justifications, le luxe d’opérations médiatiques, telles que les enquêtes du juge Bruguière, celles sur les assassinats de «journalistes» plutôt d’agents secrets à couverture journalistique [?], ne servent que le dessein de fabriquer aux yeux d’une certaine opinion nationale et internationale, une bricole de légitimité à des guerres de protection du pré carré.

 

 

2006 aura été une année fournie dans le domaine des guerres françafricaines. Le discours politique ambiant sur le désengagement, le non-interventionnisme français avait déjà pris du plomb dans l’aile avec l’opération militaire en Côte d’Ivoire, celle qui avait concédé le Nord du pays à des rebelles et protégé cette partition du territoire dans le but de déloger un président insuffisamment françafricain, culminant avec la tuerie volontaire de dizaines de civils ivoiriens par des soldats français, entre autres brigandages, affaires de mœurs douteuses et meurtres de citoyens ivoiriens.

 

 

Désormais la même France officielle qui fait des Africains immigrés la source de toutes ses difficultés économiques domestiques, libérant, cautionnant et subventionnant via ses médias de service public l’incrustation d’un discours ouvertement raciste, prolongé par un lexique politique, intellectuel infériorisant associé aux Noirs, s’estime en devoir d’intervenir pour la paix en Afrique. Sans trop le crier sur les toits, et dans une discrétion des grands médias et partis politiques qui frise le vol démocratique et la collusion des françafricains. La cause étant si juste, pourquoi en faire la publicité …

 

 

Comme au Rwanda, dans l’ex-Zaïre, bien avant au Biafra, ou au Cameroun, au Tchad depuis les années 60, les soldats français parcourent le continent africain, sans que la représentation parlementaire, la démocratie réelle puisse se saisir des enjeux politiques et géopolitiques. La république ne saurait s’offrir le luxe de traiter des Africains, de l’Afrique, comme s’il s’agissait d’un continent comme les autres, soumis à la règle de la décision majoritaire, des processus normaux de consultation populaire.

 

 

D’un côté la France soutient des régimes qui servent globalement les intérêts françafricains -pas nécessairement français-, en France, au Gabon, au Tchad, en Centrafrique, au Togo, etc. et leur accorde une onction démocratique en entraînant la «Communauté internationale» à cautionner des élections truquées et sans représentativité, de l’autre elle s’oblige à engager des opérations militaires contre des rebellions qui ne sont que le revers logique des exécutifs impopulaires qu’elle installe … Cohérence.

 

 

A coup de tirs de Mirage, de frappes aériennes, de forces spéciales, d’hélicoptère puma comme en Centrafrique en décembre 2006, les troupes françaises font bien plus que de l’assistance, elles mènent des guerres authentiques, pour «sécuriser» le joyau françafricain. Quels enjeux ?

 

 

L’Afrique centrale, le Golf de Guinée regorge de pétrole et les découvertes de gisement se succèdent, et la France souhaite au moins limiter sa perte d’influence. Il est par ailleurs connu que l’ancienne métropole existe au niveau international non pas par rapport au Proche Orient, ou à la Russie , mais en grande partie par rapport à l’Afrique qui lui permet d’avoir une position un tant soit peu écoutée. Elle perdrait cette rente géopolitique qu’elle reviendrait à sa dimension réelle de puissance moyenne européenne. Perspective qui insupporte sa classe politique très bonapartiste sur cette question, malade d’une certaine idée de la France. On se demande bien de laquelle, et surtout de quels moyens elle se donne pour s’y conformer …

 

De plus, la montée en puissance de la Chine dans toute l’Afrique et en particulier en Afrique centrale, au Cameroun, en Angola, au Congo-Brazzaville, au Soudan, créé une panique inimaginable auprès des décideurs français.

 

C’est ainsi que l’on comprend la réponse osée du ministre français de la défense à une question d’actualité posée au Sénat -14 décembre, -information diffusée par l’APPA- : « La Chine est aujourd'hui un nouvel intervenant sur le continent africain. Elle est, après la France , le deuxième partenaire commercial de l'Afrique. La Chine y recherche les ressources dont elle a besoin pour son développement, et qu'elle n'a pas sur son territoire. Elle y recherche également des débouchés pour ses activités ainsi qu'une influence politique.

 

Cela ne nous dérange nullement qu'un grand pays comme la Chine vienne contribuer au développement de l'Afrique qui en a besoin, et c'est bien là l'essentiel. Mais cette intervention doit effectivement se faire dans des conditions claires, des conditions qui encouragent la démocratie et le développement économique. Nous attirons l'attention de la Chine sur le fait que nous constatons trop souvent l'utilisation d'armes chinoises dans des conditions et des situations parfois contraires aux embargos.»

 

On ne sait pas s’il faut en rire ou en pleurer, de voir la France donner des leçons de morale à la présence chinoise en Afrique, l’exhortant à encourager la démocratie et la paix, comme elle-même ne cesse de le faire depuis un demi siècle au moins, par coups d’Etats, assassinats de leaders nationalistes, cautions aux Eyadema père et fils, Sassou Nguesso, Biya, ou Deby !

 

Le plus fin c’est l’éthique de la France en Afrique selon Alliot-Marie ministre de la défense : «Ce que nous voulons, c'est assumer notre responsabilité vis-à-vis de ce grand continent. Notre responsabilité est d'associer le maximum de pays pour répondre à notre ambition de faire de l'Afrique un continent où la paix et le développement économique permettent enfin aux Africains d'avoir de véritables perspectives d'avenir. Voilà notre éthique. Elle est conforme à la politique que la France a toujours menée à l'égard de l'Afrique.». Bref sans que personne ne lui ait rien demandé la France , toujours trop généreuse, d’après ses hagiographes autorisés meilleure élève de l’aide internationale en volume, estime avoir la responsabilité du développement économique et de la paix en Afrique, et les Africains ne sont même pas au courant ! Et Bolloré, Bouygues, Total, les valises de financements occultes des campagnes électorales, les intérêts n’ont pas leur droit de cité dans ce grand dessein où ne manque que l’écologie, et l’altermondialisme. Bizarre pour une éthique dont l’auteure se réclame du Gaullisme, qui lui, a été une affirmation permanente de la primauté des intérêts de la France dans le monde. Trouvez l’erreur.

 

 

Pierre Prêche

Par Pierre Prêche - Publié dans : Francafrique
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